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serge uleski

  • S'il existe un pays : Bruno Doucey

     

                      

     

     

     

     

     

     

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    Serge ULESKI à propos du recueil : "S'il existe un pays"

     

                       Avec le poète Bruno Doucey, la vie est là et la neige qui n’est d’aucun pays et qui n’appartient à personne  sillonne, rigole, dévale collines, bois et fossés.

    Hanneton bourlingueur dans l’herbe haute des poètes… là où la branche se courbe pour aimer, et sous la paupière du silence, là où le crépuscule est pareil à une passe inquiète qui entre sans alphabet connu dans la tanière du sommeil, un attrape-rêves parcourt les chemins arborés de l’enfance, et face au taureau de la mélancolie qui ne craint pas de mourir à l’aube car toutes les portes lui sont grandes ouvertes… un soleil brûlant entonne une petite fugue iranienne, figure de jaspe au schisme de la vie au moment où le crépuscule ouvre les naseaux de la nuit.

                  Dans l'attente paisible d'un hamac d’où l’on observe le repli des années et du souvenir de l’être aimé, jadis, à son insu vraisemblablement, en secret donc…  loin de l’amour que l’on fait sans amour... se souviendront-ils tous seulement du mascaret de l’enfance avec sa houppelande de granit chevillée au corps ? Et savent-ils que la pierre, elle aussi, meurt de ne pas être aimée ?

                Maison et rive de l’enfance, robinsonnades et mémoires en étranges bordées, royaume ouvert sur un livre de sable… décidément non ! Nous ne venons pas au monde mais sommes tous, bien plutôt, jetés sans retenue ni considération sur le parvis de tout le malheur dont il est porteur, à la lueur d’une bougie d’un Blaise Cendrars et de son royaume nègre,  galets aux couleurs chaudes de l’été, visages de soie dans les draps de la vallée et des volcans d’une île tout intérieure, là où des grands arbres chagrin peinent à faire taire l’obscure terreur de leurs racines, une terreur indicible…

    Et c’est tout un monde qui alors vacille.

                    Si la poésie se marche autant qu’elle s’écrit, Léros et Caprera, après Salonique et Kalo Horio, villages de Crète, îles grecques où séjournent des ombres paisibles et chauffées à blanc qui offrent à l’avenir sa moisson de lumière juste avant qu’Haïti ne soit éventrée, terre ouverte, entrailles béantes dans le fracas des cisailles d’acier voraces, jamais rassasiées…  reste alors à rêver un rêve fou : des séismes de tendresse et d'amour.

    Et s’il existe un pays, l’Espagne rouge-sang y figure en bonne place, et ses poètes martyrs aussi, sous le feuillage des cordes de guitare, des sarabandes des gitans et du chant de la pampa, de la Sierra Nevada, Grenade plongée dans une nuit de silence de mort près d’une fontaine de larmes : celles des suppliciés qui n’ont pas pu se taire.

     

                 Epilogue…

                La maison jadis posée sur la douceur de vivre est maintenant en flammes, et c’est Cocteau, Seghers, Lorca et Machado – exhumation oblige ! -, qui emportent  avec Bruno Doucey, le feu et sauvent la poésie… cette terre mille fois trahie,  là où l’asphalte a tué le sentier et son eau vive.

     

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    bruno doucey,poésie,poètes,édition,littérature,serge uleskiPoète, éditeur de poètes ainsi se définit Bruno Doucet.

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  • Au-delà des fréquences hertziennes audibles

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                  Jadis perfectionniste, exigeante envers elle-même, aujourd’hui cherchant à fuir le moindre désagrément, la moindre gêne, elle n’est plus ce que son travail est devenu, et pour l’accomplir, ce qu’elle se doit d’afficher : adhésion et motivation.

    Elle le sait, elle le pressent : un danger guette ; et ce danger viendra des trentenaires bardés de diplômes, en veux-tu en voilà ! Et intelligents avec ça ! car, ceux-là seuls sont capables de déceler chez elle sa désapprobation à l'égard des nouvelles stratégies d'organisation que son service est chargé de mener jusqu'à ses ultimes conséquences.

    L’intelligence dans le travail tient en trois étapes : on voit, on comprend, on agit. Ils fonctionnent à cent à l’heure, ces trentenaires ! Avec eux, c’est la défaite assurée pour quiconque possède les mêmes qualités - analyse, synthèse, action -, mais à une vitesse de moitié inférieure à la leur. Ils n'ont pas leurs pareils quand il s'agit d'évaluer les dysfonctionnements humains - si tant est qu'un être humain puisse dis-fonctionner ! Et c'est possible dans un environnement où la fonction fait l'homme !

    Soucieux de maximiser tout ce qui se trouve à leur portée, ils sont imbattables lorsqu’il est question d’identifier les désordres organisationnels en mettant en place une logistique impitoyable : indicateurs de mesure, contrôle et évaluation de la qualité des résultats obtenus.

    Des visionnaires ils sont. Mais ne nous y trompons pas : des visionnaires adaptés… adaptés à leur temps. Autant dire, des suiveurs ou des opportunistes. Ils ne verront jamais la fin dans ce début dont ils souhaitent être les acteurs enthousiastes. Ils seront tout aussi incapables de penser le renouveau après cette fin. Ils sont à l'heure, certes ! Mais déjà en retard d'une nouvelle stratégie.

    Et puis, il y a les autres, guère plus âgés, parfois plus jeunes encore, porteurs de nouvelles aspirations : se former, se reconvertir, bouger, partir, revenir, s'absenter, choisir sa mobilité. En un mot : ne plus subir !

    Chimériques ces aspirations ! Oublieux qu'ils sont d'interroger un élément incontournable : leur emploi et sa fonction ; oubli qui les condamne eux aussi à la déception une fois que les règles du jeu auront changé.

    Autre danger pour elle : les intervenants extérieurs. Non contents de proposer des recommandations après un diagnostic intimidant qui ne souffrira aucune contestation, voilà qu’aujourd'hui, ils se proposent de partir à l'assaut de l'objectif d'efficience assigné. Au prix qu'ils se font payer... c'est la moindre des choses, serait-on tenté d‘ajouter.

    Conseillers et acteurs donc mais... toujours pas payeurs, ces intervenants opiniâtres et zélés car, partout où ils sévissent, ils contribuent grandement à désosser le travail pour installer un espace pour personne et un travail pour quiconque en redemande à son corps défendant, et pour peu qu'on interroge le candidat embauché depuis six mois dans l'anonymat d'une confidence susurrée à l'oreille et dans le brouhaha de cris hurlés au-delà des fréquences hertziennes audibles par l'oreille humaine ; cris que seuls les sourds et les muets ainsi que les bêtes... sont capables de déchiffrer.

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     Le Cri
    Sculpture
    François-Auguste-René Rodin (Auguste Rodin)
    (vers 1886)

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    Extrait du titre inédit : "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     


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  • Passé et mensonge

     

                La nostalgie, vous dites ?

               C’est sûr ! On vit toujours mieux là où on vivait bien et plus encore quand une fois ailleurs, on vit mal.

    ***

    En proie à la nostalgie...

    Et si, ce qui nous attire, nous séduit, nous émeut dans tout ce qui touche de près et de loin à Hier, était dû au fait suivant : ce morceau de vie qu'est le passé, est derrière nous. Et on ajoutera, soulagés : "Ouf ! Plus de peur que de mal !"

    Car... qui nous rappellera que vivre demeure une expérience que l'on préféra toujours avoir derrière soi et non... devant soi ?

    Mélancolie, appréhension face à l'avenir, inquiétude, angoisse, souffrance, terreur même ! Vivre restera longtemps encore et potentiellement, l'expérience traumatique par excellence. Et ce risque, personne ne le court de gaité de cœur.

    Alors, imaginez quand ce risque dont on ne risque plus rien, est derrière nous, loin, très loin, aux confins de l'oubli et du mensonge !...

    Oui ! Du mensonge car... se souvenir, n'est-ce pas oublier tout ? Tout ce que notre mémoire refuse, aujourd’hui encore, de nous remémorer. Et par voie de conséquence, se souvenir, n'est-ce pas se mentir ?

               Alors, disons-le haut et fort : "Non ! Avant, c'était pas mieux ! Avant, c'était différent !"

    Et cet avant n’est... tout au plus, qu’un soulagement, un répit, pour un aujourd'hui en panne qui peine à affronter l'angoisse face à demain : lieu de toutes les incertitudes.

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    Extrait du titre "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     
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  • Penser la liberté d'expression aujourd'hui avec Jean Bricmont

      

                “Ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est cette idée que ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit; c’est cette idée qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir et aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la raison humaine ; Cette idée que l’humanité dans l’univers est une grande commission d’enquête dont aucune intervention gouvernementale, aucune intrigue céleste ou terrestre ne doit jamais restreindre ou fausser les opérations ; cette idée que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge.” - Jean Jaurès

     

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                                     Jean Bricmont ou la réhabilitation du réel... 

     

                  La démocratie ce n'est pas un débat à la télé ou à la radio, sûrement pas non plus une presse entre les mains de la Banque, du lobby de l’armement et de l’industrie du luxe, et pas davantage les élections depuis qu'il n'y a plus d'offre politique, les gouvernements étant prisonniers d'un carcan économique et financier qui ne permet plus aucune rupture ni bifurcation.

    La démocratie, c'est la libre circulation des idées - dissidentes et/ou minoritaires de surcroît -, ainsi que le droit à l'opinion et à une information honnête et indépendante pour le plus grand nombre ; et la défense de ce droit dans une critique essentielle et frontale à propos de… qui fait quoi, à qui, où, comment, pour(-)quoi et pour le compte de qui.

     La démocratie c'est aussi un mode de résistance contre la tyrannie exercée contre le droit à une critique sans concession des mécanismes de domination et la diffusion d’une telle critique sans laquelle toute vie sociale crève lentement sous la chape de plomb d’un politiquement correct qui cache mal une débauche et une orgie de prise de pouvoir et d’intérêts sans nombre et sans précédents. Et nous ne sommes qu’au tout début de ce disfonctionnement citoyen et démocratique.

     
               La liberté d’expression est une et indivisible ; elle est bel et bien la première des libertés, et parfois aussi, la dernière : celle des déshérités.

    Nul doute... le véritable enjeu aujourd’hui, en France, c’est la défense de cette liberté ou bien plutôt, sa reconquête, et le soutien qu'il faut apporter à tous ceux qui la font vivre car, une liberté d’expression qui privilégie une opinion qui est celle de tout le monde n’est pas une liberté mais une dictature molle qui porte le nom de consensus... jusqu'au jour où cette dictature lève le masque : s'ensuivent alors... racket, procès en dommages-intérêts, calomnies, bannissement médiatique et intimidation physique.

     

    ***

     

     

                       Jean Bricmont nous rappelle avec raison que c'est bien l'instrumentalisation à des fins politiques (diviser pour mieux continuer de régner et de trahir tous ses engagements) de l'antifascisme, de l'antiracisme et de l'antisémitisme (et du génocide nazi par la même occasion : d'une pierre deux coups) qui est responsable du climat délétère qui empoisonne la société françaiseDieudonné, en 2003, fut une des toutes premières victimes.

    A noter que cette instrumentalisation trouve sa source chez le PS et que l’on peut facilement la dater : 1983 ; année au cours de laquelle ce parti fera volte-face et renoncera à peser sur le cours de l’Histoire avant de jeter en pâture son électorat à un libéralisme économique funeste.

     

    ***

                

               La France est passée en cinq ans, dans le classement de Reporters sans frontières, du 11e rang au 38e rang de la liberté d'informer. Finira-t-on alors derrière la Chine ?

    25 condamnations pour violation de la liberté d'expression... la France au 3e rang des condamnations loin devant la Russie à la Cour Européenne des droits de l'homme.

    Il semblerait qu'en France, on ne sache faire qu'une chose : rejeter, bâillonner, censurer, stigmatiser, traduire devant les tribunaux la moindre tentative d'exercice de liberté d'expression politique et artistique (rappeurs, auteurs, essayistes, pamphlétaires, artistes de scène, humoristes, syndicalistes, activistes)...

    Tous les médias, leurs producteurs et leurs animateurs, chroniqueurs et journalistes y contribuent, chaque jour, chaque semaine... radios, télévisions, journaux ; médias qui ignorent sciemment d'innombrables réalités et expressions culturelles, politiques et sociales.

     

                  Soutenir la liberté d'expression est un véritable engagement et un sacrifice (accepter ce qu'on n'aurait jamais osé ou bien désiré lire et entendre), car... il n'y a pas de liberté, il n'y a que des preuves de tolérance, et la liberté de parole de l'un est la garantie de la liberté de parole de tous.


    Seule la liberté est capable de rendre compte de toutes les mémoires du monde ! Et moins on oublie, plus on se souvient... et plus on se souvient, plus difficile est le mensonge. En état de veille et d’alerte constant, oeuvre salubre, ce combat-là devrait être reconnu d'utilité publique car, depuis la déchéance de l’homme politique nous n’avons jamais eu autant besoin de cette liberté d'expression qui est l’exact opposé de tout ce qui est voué à l’amenuisement (les libéraux et ultra-libéraux le savent mieux que quiconque quand il s'agit du commerce). En effet, au contact de cette liberté, on reprend la main et le dessus sur l’abrutissement et le faible ressac de la désobéissance et de la dénonciation parcimonieuse et timorée des médias dominants aux ordres du moins-disant et du moins-pensant ; médias de masse du secteur public et para-public (réduits à la marge) ne remplissent plus leur mission. Quant au secteur privé qui contrôle 80% des programmes (temps de cerveau disponible), il n'a aucune obligation morale ou contractuelle d'ouvrir qui que ce soit à quoi que ce soit ni d'élever la conscience de quiconque.


              Qu'il soit ici permis de rappeler que la société, ce n'est pas simplement l'économie et la répartition de richesses. Loin s'en faut. Ce qui fait le lien, ce qui fait société relève aussi de notre capacité à tous de dire et d'entendre la vérité ; ce qui implique aussi et surtout la dénonciation des mensonges et des manipulations.

    Nous tous devons accepter d’être remis en cause ne serait-ce que pour notre propre salut individuel et collectif, même s’il ne saurait être question de sauver qui que ce soit malgré lui mais bien plutôt d’exposer au grand jour les contradictions et les faux-semblants d'une caste politico-médiatique qui n’entend recevoir de leçons de personne : ce qui est déjà un signe inquiétant d’auto-exclusion du champ de la critique, champ démocratique ; contraintes et libertés, servitude et grandeur.

    Cette remise en cause est le moyen le plus sûr de lutter contre toutes les tentatives d’instauration d’un régime dans laquelle un groupe de pression (religieux, politique ou économique) déciderait de l’état d’exception jusqu’à la suspension du droit dans son intérêt seul, - tentation toujours présente chez les êtres humains regroupés en communauté  et quelle que soit cette communauté - , telle une véritable juridiction d’exception, là où précisément l’Etat de droit vacille et la cohésion sociale implose car aucune société n’est à l’abri des conséquences d’une telle remise en cause de ses équilibres toujours précaires.

    Pour cette raison, on ne peut que dénoncer un tel danger à l’heure où toute une caste politique et intellectuelle a baissé les bras ; caste qui s’est ralliée à un nouvel ordre mondial du dumping moral et social, ainsi que du bannissement des Peuples qu'on affame et des Nations que l’on détruit sous des tonnes de bombes.

     


     

                 Alors oui ! La censure... encore et toujours la censure ! Cette maladie bien française sous tous les régimes ! La censure et le bannissement à l’endroit de toutes les voix dissonantes et dissidentes… véritable chasse aux sorcières qui ferait passer, pour un peu, le maccarthysme  pour un jeu de société un peu pervers certes ! mais bon enfant, et les procès de Moscou pour des joutes oratoires dignes de l’agora grecque.

    Ce qui confirme, jour après jour, le fait que les médias ont définitivement tourné le dos à la liberté d’expression sans doute dans le souci d'échapper à une mise en accusation redoutable, quasi mortelle professionnellement, commercialement et socialement... une fois discrédité, à savoir : l’accusation de conspirationnisme contre tous ceux qui auraient la malveillance de voir un tout petit peu plus loin que le bout de leur nez et leur fiche de paie.

     
    Et pourtant... souvenez-vous : il y a 40 ans, les "conspirationnistes" d'aujourd'hui portaient tout simplement le nom de "journalistes d'investigations".

               Mais alors, comment est-on passé en 20 ans d'un journalisme spécialisé et d'investigation à la parole d'experts carriéristes à la solde des multinationales et des chancelleries ?

     

    La question est posée.

     

     

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  • Une plénitude inédite...

     

               Songe des mystiques : le tout et la fin de tout

     

     

                Rien dans sa vie n’aura égalé cet instant. Plus d’amertume, finie la peur ! Comme pour le monde végétal pour lequel naître et mourir n’est pas le seul voyage auquel la nature le destine, un autre parcours l’attend maintenant sur une durée et une distance infinies, elle, tellement légère, débarrassée de tout, capable enfin d’une respiration régulière et apaisée.

    D’un moment à l’autre, un drap de lumière viendra l’envelopper ; un drap déployé par un soleil qui a percé le froid. Hôte inattendu, ce soleil digne du plus bel été pour un dimanche otage d’un hiver qui vient à peine de commencer ! Elle est arrivée à la vérité d’une farce macabre dont la nécessité nous échappera toujours : celle de la vie. A d'autres maintenant de porter son mystère et ce fardeau d’un rien, ou pour si peu, et qui pèse de tout le poids de son existence.

    Et comme une lente montée des eaux, c’est alors que vient la consolation, à rebours de ses dix dernières années, les dernières. Insoupçonnables ces années ! Une grande gifle ces dix années pendant lesquelles tout aura été si difficile, tellement difficile ; dix ans, sans fin, interminables. Infernale aurore. C’est dans l’espérance d’une grâce tant attendue, et sous sa lumière, qu’elle accède pour la première fois à la consolation.

    Elle part à la dérive. La mer et son ressac s’impatientent. Elle découvre la force de la clarté comme on sort d’une longue maladie. Pâle mais reposée, c’est de plein fouet qu’elle reçoit cette consolation inespérée, goûtant là une félicité insoupçonnable voilà une semaine, voilà une heure. 

    Plus rien à déplorer. Plus de révolte, plus d’amertume ni de ressentiment. La honte s’est évanouie et le monde s’est dissout en elle, le visage aérien. Et son corps ! Dentelle fragile qui s’agite son corps ! Bouchon insouciant bercé par une eau calme qu’un courant emporte lentement, sans tumulte, sans fracas, sous une brise dont le baiser et la caresse amicale sur sa joue l’ont conquise et la comblent ; et c’est maintenant qu’elle accueille cette brise fraternelle pour mieux tendre l’autre joue avant de lui adresser un large sourire.

     

                 Alors oui : la consolation, lourde de tout ce qu’elle n’aura pas su s’offrir, faute d’une application assidue et raisonnée, privée de repères, sans éclairage pour la guider, le plus souvent dans l’obscurité, à tâtons, sans trébucher certes ! mais sans jamais trouver une voie sûre – du moins sans jamais la reconnaître comme telle –, car... en deçà cette voie, ce chemin alambiqué et impraticable ; en deçà de ses attentes, tantôt confuses, tantôt inopportunes et irréalistes.Toujours !

    Finie la prudence de l’âge adulte ; cet âge qui lui faisait entrevoir et craindre le pire. Tout s’impose à elle qui donne son assentiment à tout ce qu’elle reçoit. Lascive, c’est dans cet acquiescement, dans l’éclat de cet instant unique et dont les traits sont plus aigus que tous les autres, plus fins aussi, qu’elle devine ce qui l’attend : l’absence de tout, enfin inutile. Ni proie, ni ombre ; sans plus d’offense à souffrir. Sans aplomb, sans voix.

    Immense cette consolation ! Une reddition spectaculaire dans son apaisement, cette consolation ! Il suffisait d’y penser : la réponse à tous ses maux était là, à sa portée, tout près, si près, en son centre à elle. Parfaite cette consolation dans l’immensité lumineuse d’un beau dimanche après-midi.

     

                Une ombre l’aspire dans un entonnoir géant. Sa conscience se dissout dans des espaces sans consistance. Finies les prières, les incantations ! Le mouvement s’accentue. L’aspiration se fait plus violence. Par bribes, ses souvenirs la quittent. Sa mémoire s’efface. Elle n’est plus de ce monde ; elle a fui tout ce qu’il avait de mortel pour voyager plus léger et s’en aller plus loin encore. Et c’est bien une autre vie qui se forme en elle maintenant ; une autre vie et une autre exigence, une autre nécessité impérative qui l’enveloppent.

    Son désastre n’est plus. Maintenant hors de danger, il ne lui reste plus rien à pleurer. La masse de son émoi gémit encore mais au loin, paisiblement et puis, profond comme une voix de l’intérieur : celle d’un apaisement qui s’ouvre jusqu’à toucher l’extrémité de toute vie ; une plénitude inédite, loin de l’immense gâchis de la souffrance et de ses déchets.

     

     

    Extrait du titre : La consolation - copyright Serge ULESKI

     

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  • Nina Simone : il n'y a pas de cause heureuse

                          

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                   "Aucun homme n'a été insulté comme l'homme noir"

     

                                                                               A. Césaire

     

                      

                             "What happened, Miss Simone ?" - documentaire de 2015

     

     

                      « Artiste légendaire et militante passionnée des droits civiques, Nina Simone a marqué son époque autant que son époque l’a marquée. Comment une enfant prodige du piano est-elle devenue une icône controversée du Black Power ? "What Happened, Miss Simone ?" retrace le parcours hors-norme d’une des artistes les plus appréciées et les moins comprises du XXe siècle signé par la réalisatrice Liz Garbus. »        

     

                   Nina Simone (née en 1933 - décédée en 2003) n’a eu qu’un regret : n’être pas devenue la première pianiste noire concertiste alors qu’elle avait étudié pour ça.

    A l'heure où Aretha Franklin décorée par Bush junior courait les "talk shows" produits et présentés par des Blancs, Nina Simone, dans son engagement pour les droits civiques, y laissera sa carrière puisque cet engagement lui fermera plus de portes qu'il ne lui en ouvrira ; elle y laissera aussi sa santé mentale, et sa santé tout court.

     

                                   Résultat de recherche d'images pour "noirs pendus"

                "Dès mon plus jeune âge, avec les Blancs de la ville, je savais inconsciemment, je savais que si l’homme noir se soulève il serait assassiné."

     

                   

    Mr Backlash blues : « Du sang sur les feuilles, des corps noirs suspendus dans la brise du sud »

     

     

                        

                                         Texte de Louis Aragon : ICI - Mélodie de Georges Brassens

                           

                                   "Mon amour,mon bel amour, ma déchirure"

                  Chahutée, bousculée, malmenée puis battue dans sa chair, Nina Simone connaissait tout le malheur d'une mésalliance amoureuse : un compagnon brutal et sans nuances.

                  Aussi...

                 Si seulement tous les êtres malheureux étaient sans talent, sans importance, sans doute, n'aurions-nous alors jamais mené ce combat de tous les jours contre le malheur des conditions d'existence et le destin tragique individuel contre lequel les êtres restent parfois sinon souvent même, sans défense.

                  

     

                    

               (sur une mélodie de Charles Aznavour - "L'amour c'est comme un jour")

                                                      

                            "Finis les pleurs ! Finie la peur, demain c'est mon tour"

              

                     «  “Afro-américain, une race perdue ! Pas de pays, pas d’histoire, pas de maison, pas d’origines ; il nous faut tout savoir sur nous !

                     Quand le moment  des droits civiques a surgi soudainement j’ai pu exprimer ce que je ressentais depuis tout ce temps. Quand j’étais jeune, je savais que pour survivre en tant que famille noire on devait garder des secrets. On ne se plaignait jamais de la pauvreté, ni du fait d’être exploités ni d’être défavorisés, on devait se taire. Je savais donc que briser le silence signifiait la confrontation. »

     

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                       Années 80 et Nina Simone : « Les droits civiques ? Quels droits ? Il n’y a pas de droits civiques. Tout le monde a disparu. »

     

     

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                  44e président des États-Unis, élu pour un premier mandat le 4 novembre 2008 puis réélu, pour un second, le 6 novembre 2012, la présidence de Barack Hussein Obama touche à sa fin ; durant ces huit années, il aura été toujours autant périlleux d'être pauvres et noirs aux Etats-Unis ainsi qu'ouvriers payés à quelques Dollards de l'heure ; la candidature éphémère de Bernie Sanders et les événements dramatiques de "maintien de l'ordre" de la société américaine auront  au moins permis de le rappeler au monde entier. Autant pour ceux qui, en 2008, ont salué la victoire de ce Président noir, comme un miracle.

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  • Crise de la transmission et deuil de l'oubli - 3

     

     

                   Ce que vous n'avez pas connu ne peut en aucun cas vous manquer !

           En sommes-nous si sûrs aujourd'hui ?

     

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    Le dernier des hommes de Friedrich Wilhelm Murnau - 1924

    ou l'homme au rebut.

     

     
                                 

     

                            Ordet (La Parole), de Carl Dreyer - 1955 ; d'après la pièce de théâtre du Danois Kaj Munk

                     Comment embrasser la totalité de l'univers, alors que le matérialisme et le scepticisme n'en voient qu'une partie dont ils ont la folie de croire qu'elle est le tout ?

     

     

    Le sacrifice d'Andrei Tarkovski - 1986

    Comment combler l'absence d'un espace réservé à la vie spirituelle ? Et la menace que cette absence fait peser sur chacun d'entre nous.

     

    ***

     

                Le dernier des hommes, Ordet, Le sacrifice... Murnau, Dreyer, Tarkovski... et d'autres...

    Qui les protègera de l'oubli, de cette perte de mémoire, de cette amnésie savamment organisée et entretenue par des marchands de succédanés et une économie de l'ersatz qui a tout emporté sur son passage ?

    Au sujet de cet oubli, le véritable deuil, finalement, n’a pas pour objet la perte - à l'heure du numérique, plus rien ne se perd, et pour peu qu’il s’agisse d’une œuvre, celle-ci est indestructible : désormais, ce qui a été le sera à jamais !

    Non ! Aujourd'hui, le deuil a bien plutôt pour objet l’absence de transmission et l’ignorance certaine de ceux à qui aucune chance ne sera donnée de découvrir et de connaître tout ce dont il nous a été donné d'être les témoins...

    Car si Internet c'est toute la mémoire du monde, avec le concours de millions d'acteurs du web déterminés à transmettre le passé, même récent, encore faut-il soupçonner l'existence de tout ce qu'une génération a pu faire advenir intellectuellement et artistiquement.

     

                  Le deuil, c’est donc le deuil de la non-transmission avec lequel il nous faut vivre ; le deuil de notre incapacité à pouvoir transmettre et « raconter l’autre » qui n’est plus ; le raconter auprès d’un public absent, indisponible ; des millions d'êtres humains privés de leurs capacités à faire un pas en arrière car, aujourd’hui,  il n’est donné à personne de se retourner : "Pas le temps ! Et puis j'étais pas né !"

    Et ce deuil-là est sans recours ni consolation.

     

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  • La nécessité de "Brigitte Macron à l'Elysée" aujourd'hui.... et demain bien plus encore...

    brigitte à l'élysée.JPG

     

     

                    Macron n'a qu'un électorat : la quinzaine d'oligarques et leurs relais sur le terrain qui lui ont permis d'être candidat et de se retrouver au second tour de l'élection présidentielle face à MLP ( coaching, financement, mise au pas des rédactions des médias qui font l'opinion par leurs propriétaires, flingage de Fillon au profit de MLP et la disparition concomitante du PS, avec un Mélenchon non présidentiable pour seul recours).

    Et si Macron demeure le Président le plus mal élu de la 5è République, reconnaissons toutefois qu’il a fallu à cette oligarchie miser plus que parier pour  un candidat qui soit, après un travail de mise à niveau,  "présidentiable" et pas seulement par défaut ! Ce qu'aura été Macron.

    C'est donc bel et bien cette oligarchie, cet  "électorat de niche" qui décidera de la reconduction ou non de Macron à l'Elysée selon qu'il sera ou non encore capable de porter leur projet.

                  Condamné à sur-jouer son rôle de "président", si ceux qui seront appelés à valider une nouvelle fois sa candidature se lassent de cet instrument (entre les mains de stratèges cyniques et machiavéliques) qu'est Macron (instrument de la Commission européenne, elle-même à la solde du projet mondialiste de ces 20 dernières années), il se pourrait bien que "Brigitte" soit appelée à la rescousse pour faire diversion ; une Brigitte écran de fumée ; arbre qui cacherait une adhésion minoritaire au renouvellement du mandat de Macron à l’Elysée ; et c'est alors que Macron serait ré-élu ( même et surtout dans le contexte d'une abstention record au second tour en 2022) par une "minorité majoritaire" d'électeurs qui auront préféré comme Première dame, Brigitte à toute autre ainsi qu'un candidat - époux de Brigitte  - déjà président malgré tout, pour ne rien dire d'électeurs people-isés comme jamais.

                    N'oublions pas que ce sont les moins politisés mais les plus intéressés ( classe moyenne dans le souci de préserver leur niveau de vie sans prendre le risque d'un candidat soucieux de réduire les inégalités ou bien d'un candidat "frexit") qui votent au second tour.

                      Dans les mois à venir, attendons-nous donc, à la manière du couple Kennedy, le premier couple de la "politique- spectacle" et  de la Com comme concept outrancier (1), à devoir faire face à une intensification d'une communication qui aura pour centralité...  l'identité du "couple Macron" avec "Brigitte" en première ligne : nul doute, les rédactions de Gala, Elle et Paris Match s'en pourlèchent déjà les babines.  

     

     

    1 - John Kennedy... jeune et beau gosse, Chef d'Etat "people" (avec son épouse Jacqueline qu'il a très vite délaissée une fois son devoir accompli - lui faire deux enfants) pour des gogos assoiffés de boniments (Jacqueline Kennedy n'aura jamais été heureuse en ménage)

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  • Torpeur

     

    Le pire est arrivé : dehors, la pluie. Elle ne sortira pas.

     

    Il est dix heures, onze heures : comment savoir. Sa chambre est le centre du monde et son lit, dans lequel elle se glisse seule depuis des mois, son cœur ; un cœur aux battements imperceptibles.

     

    Toujours inerte, elle tente d’échapper à elle-même : ne pas exister - pas encore du moins -, avant le réveil définitif de sa conscience qui ne lui offrira rien de bon ; rien qui n'ait pas déjà été vécu. Et toujours pas de miracle. Elle regarde s'entrechoquer les atomes dissolus de son existence ; une volée de particules lancée par une main invisible et tumultueuse. Quelque chose s'est effondré dans sa vie mais elle continue à vivre dans les gravats et la poussière ; c'est l'asthme de sa joie qui éternue chaque fois qu'il lui faut respirer ne serait-ce qu'une goutte de bonheur.

     

    Elle voit des zones perdues, des terrains vagues, des friches, des quartiers relégués. Soudain une douleur familière, sourde et insidieuse : le plus banal des maux de tête ; le plus banal et le plus détestable et puis, une impression pénible, une bouffée désespérante : elle sait que cette douleur ne la quittera pas de toute la journée. Irritée, elle se tourne sur le côté droit, puis sur le dos ; le ventre maintenant ; elle s'est enroulée autour de ses oreillers. Elle a peu d'espoir. Le sommeil est derrière elle. Elle le sait. Elle ne se rendormira pas.

            

     

     

    Quitter le lit. Concentrer tout son effort sur une seule partie de son corps : les  jambes ; cuisses, genoux, mollets, pieds ; les ramener vers soi,  vers le centre et retrouver une belle unité. Serrer les dents et s'extraire. En vain. Les yeux ouverts, impuissante, seule une lassitude la conseille.

     

    Vient alors le jeu ; des réussites sans nombre, sans fin, toute la vie durant ; et puis, elle, pour gagner, toujours ! Elle a d'abord pensé partir en promenade le long d'une route avant de s'enfoncer dans une forêt : côtoyer des arbres centenaires ; s'asseoir au sommet d'un talus et dominer de la vue une clairière ; oiseaux qui lancent leurs cris, appels urgents et tendus. Elle mâchonne des herbes, n'importe lesquelles. Elle grimace. Un insecte la fascine, un tronc d'arbre, son écorce. Pas une âme qui vive, sinon la sienne.

     

    Loin des mises en garde, des contraintes et des sommations de toute sorte, la vie a du bon, c'est sûr ! Elle pense à une île déserte et à la possibilité d'y vivre seule, sans désir, ni ressentiment, sans crise. Une vie devant soi pour ne rien en faire. Elle imagine une mer étale, un horizon sans ciel ; navire, elle s'y déploie sans retenue, sans danger, sereine ; étrave, elle fend les flots, majestueuse ; capitaine, elle se tient sur le pont, droite et fière. La voilà vague, écume blanche ! L'idée d'un cadran solaire maintenant : « Immobile je serais, le soleil tournerait autour de moi et la lumière et l'ombre... »

     

     

             Elle se retire du jeu. Les volutes de sa pensée s’élèvent lentement puis disparaissent dans la confusion d’un monde trop grand et trop complexe pour elle : c’est la vie qui la rappelle à l'ordre. Un corps sans forme la redécouvre. Elle se décide à se lever. Après celui de sa chambre, elle a tiré le rideau de la salle à manger, s’est approchée de la baie vitrée du salon ; elle a pensé : "Vivre sans prudence aucune, sans protection, sans abri !" avant de reculer effrayée, convaincue de son incapacité à assumer une telle existence.

     

     

    Renoncer, se délivrer du chaos des aspirations irréalistes, des besoins et des rêves insensés ? Soit ! Pourquoi pas ! Mais alors, sans ce chaos que nous reste-t-il ? Une vie ? Mais... pour quelle existence ?

     

    Trouver ou espérer juste de quoi survivre ? Un secours ? Une attention ?

     

    Où trouvera-t-elle un regard dépourvu de tout jugement, un regard sans mémoire, un regard au-delà de cette humanité qui est la nôtre et qui fait que le regard porté sur autrui sera toujours le reflet de tout ce dont on ne veut pas pour soi-même, et pour rien au monde ? Auprès de qui ira-t-elle chercher ce regard vierge qui nous invite à reconquérir une volonté et une estime de soi sans lesquelles tout semble si difficile, inaccessible, cruellement hors d’atteinte ?

     

    Ce don d’un regard compassionnel, où trouvera-t-elle la volonté de le susciter et de le conquérir ? Où donc ?

     

     


    Extrait du titre "La consolation" - copyright Serge ULESKI

     

     

     

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  • Gaspard Proust ou l'apologie du "politiquement-incorrect" très très correct

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                        Contrairement à ce qui nous est donné à penser, à propos de ce qu’il est convenu d’appeler « l’humour politiquement-incorrect », Gaspard Proust occupe sans aucun doute la place de l’humoriste le plus correct qui soit  ; provocateur sans profondeur  à l’humour transgressif sans suite dans les idées et sans conséquence, petit blanc-bec blasé… très certainement de lui-même au premier chef, revenu de tout, en particulier de là où il ne s’est jamais risqué à mettre les pieds, Gaspard Proust demeure l’humoriste  le plus sur-évalué qui soit.

    Ne nous y trompons pas : Gaspard Proust ne dit pas tout haut ce que son public pense tout bas ; Gaspard Proust ne pense pas et c’est bien ça qui le rend si bavard. En effet, épater le bourgeois  - qu’il est par ailleurs -  semble être sa seule ambition ; sans doute cherche-t-il désespérément à se faire peur sans oser vraiment aller la chercher cette peur, la provoquer et lui faire face,  bien en face, toutes conséquences assumées car, manifestement, n’est pas Dieudonné qui veut ! 

    De plus, l’humour caustique, froid de Gaspard Proust n’est la mauvaise conscience de personne ; bien au contraire, il est la bonne conscience de son public qui sait, qui a compris, que « tout ça, c’est fait pour rire ! » Le pire des jugements  sur un humoriste car, même Coluche a fini par comprendre qu’il était temps de se décider à proposer un autre rire ou mieux encore : de ne plus rire du tout.

                    La transgression est foncièrement a-politique ; d’où l’erreur à propos d’un soi-disant « politiquement-incorrect » qui concernerait cet humoriste décidément très, trop propre sur lui ; c’est la raison pour laquelle la transgression ne sera jamais subversive ; elle ne crée aucun désordre ; et pour cette raison, elle ne menace aucun ordre.  Les médias…  aux ordres justement ! la quasi-totalité d’entre eux, d’habitude si prompts à crucifier les artistes qui refusent de se soumettre et d’obéir, surtout s’ils sont issus de la diversité ( comprenez : arabes ou noirs - les exemples ne manquent pas !) ne s’y sont pas trompés : ils l’autorisent à couler des jours paisibles ; ils lui accordent une paix royale ! Rien de surprenant à cela : l’humour transgressif de Gaspard Proust, c’est un humour sans mystère car c’est encore et toujours l’humour de l’ado qui a refusé de grandir - ado issu d’une bonne famille le plus souvent ; c’est aussi l’humour du cancre de la classe qui, pour exister, ou plus simplement…pour se faire remarquer, n’a de cesse de gâcher la sérénité de ceux qui ont compris très tôt ceci : sans travail et sans courage, rien de sérieux, d’important et de durable, ne peut être accompli. 

                     En conclusion… même provisoire, risquons ce parallèle : Gaspard Proust est à l’humour subversif ce que son complice… Frédérique Beigbeder est à la littérature (dans ce domaine, on remarquera chez lui une cohérence jusque dans le choix de ses fréquentations mondaines) : une très mauvaise idée ; et puis aussi, une mauvaise nouvelle de plus aux yeux de ceux qui placent le talent et le courage au-dessus de tout ; or, sans talent ni courage rien n’est possible comme on a pu le voir. 

                     Tout bien considéré, Gaspart Proust, c’est... prétention littéraire en moins, Desproges (1) une génération plus tard ; autre humoriste sans histoire, à la vie facile entre deux saillies drolatiques ;  et là encore, on pourra objecter : « Gaspard Proust ? Vous avez dit Gaspard Proust ? ………… Psst ! Même pas peur ! »

     

     

    1 - Un coup sur la gauche, un coup sur la droite ; un coup sur le populo, un coup sur la bourgeoisie, puis les Juifs… histoire de s’encanailler et de se faire peur. Dans son « en même temps » humoristique sur-écrit et laborieux, Desproges, c’était déjà Macron. 

    Ce qui manquait à Desproges, c'est le courage. Or, sans courage et sans sacrifice (carrière, argent, reconnaissance médiatique) rien d'important ne peut être accompli. Coluche dans sa dernière période sera plus près du courage et de la prise de risque ; Dieudonné sautera à pieds joints dedans : prise de risque total.

     

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    Pour prolonger, cliquez : Humour, rire et justice

     

     

     

     

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