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serge uleski en littérature

  • Ce qu'on laisse dans la mémoire de ceux qui restent...

     

    Décès de Lucienne L. le 2 juillet 2011 à l'âge de 87 ans

     

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           La cloche a sonné. C’est la rentrée des classes. Haut les cœurs !

     

    ***

     

    « Vous êtes le Monsieur de la télé, n'est-ce pas ? J’espère que vous m’avez pas attendu trop longtemps !
    - Non ! Non ! Je parcourais mes notes. Vous êtes Gérard Louvier ?
    - En personne. Excusez mon retard, j'étais à un enterrement.
    - Vous êtes tout excusé.
    - Tenez ! Puisque vous êtes là, autant que je vous en parle.

    - Me parler de quoi ?

    - Sur le chemin du retour, j'ai pensé à quelque chose. Vous savez pourquoi ils mettent des graviers dans les allées des cimetières ?
    - Non.
    - En plus, ça fait un boucan d'enfer quand on marche. Vous êtes d'accord ?
    - C'est vrai.
    - Je vais vous dire : en fait, c'est fait exprès.
    - Exprès ?
    - Oui. C'est fait pour.

    - Pour ?

    - C'est fait pour éviter qu'on surprenne les morts, qu'on les visite à l'improviste. Avec le gravier dans les allées et le bruit qu'on fait, ils nous entendent venir de loin. Alors, comme ça, ils ont le temps de se préparer. Par exemple, s'ils sont en robe de chambre, ils ont le temps d'enfiler un pantalon ou une robe et de mettre un T-shirt. Vous voyez ?
    - Je vois.
    - Regardez ! Vous connaissez beaucoup de gens qui aiment qu'on leur tombe dessus par surprise ?
    - Non.
    - On veut tous être prévenus. Toujours ! Nous surprendre c'est un peu nous faire honte. Et personne n'aime avoir honte. C'est vous dire à quel point il est difficile de faire confiance... confiance aux autres et puis, à leur regard surtout. Oui ! Leur regard. Parce que... si on s'est pas préparé, eh bien, ils auront vite fait de nous juger. C'est fatal. Et vous faites pas d'illusion ! Leur jugement fera de nous des moins que rien parce que… dans ces moments-là, leur regard fait qu'on devient tout sauf ce qu'on a toujours souhaité être aux yeux des autres et aux yeux de celui-là en particulier qui nous tombe dessus sans prévenir. J'vais vous dire : si on pouvait plus cacher quoi que ce soit à qui que ce soit, eh bien, ce serait l'enfer pour tout le monde. J'en suis sûr.
    - Sans doute. Sinon, ça s'est bien passé cet enterrement ?

    - Bien passé ?

    - Oubliez ma question. Elle est idiote.
    - Je sais pas si ça s'est bien passé. On était deux à son enterrement.
    - Deux ?
    - Y'avait juste sa fille et moi.
    - Sa fille ?
    - Oui. On a enterré sa mère. Sinon, c'était bien la peine de faire toutes ces dépenses : le voyage, la cérémonie, le transport du cercueil, la place au cimetière. Et puis, sa fille n'avait pas un rond. Fauchée, qu'elle est sa fille ! Alors, je me dis qu'une incinération aurait suffi. Les cendres dans une urne, et hop ! Le tour est joué.
    - Elle avait quel âge ?
    - Sa fille ?
    - Non, sa mère.
    - Soixante treize ans, je crois.
    - Soixante treize ans ! Et vous n'étiez que deux ?
    - Oui, deux.
    - Et les autres ?
    - Quels autres ?
    - Elle est morte à soixante treize ans, elle a dû connaître du monde, non ?
    - Oui, peut-être ! Mais faut croire que j'étais le dernier à l'avoir connue. Quant à sa fille, eh bien, c'est différent. J'imagine qu'elle a connu sa mère depuis sa naissance.
    - Sa naissance ?
    - Oui, sa naissance à elle, sa fille. L'autre jour, je me disais : avec la mort, c'est énorme ce qu'on abandonne. Quand on pense à tout ce qu'on laisse derrière soi et tout ce qu'on quitte. Vous imaginez un peu ? Toute une vie, la nôtre et puis, celles des autres aussi. Toutes ces agitations ! Agitations de toute une vie. Pensez à toutes ces paroles échangées, à tous ces visages croisés, ces mains serrées, tous ces corps rencontrés, touchés. Et puis, les voix, les bruits, les larmes, les cris ! Ca doit être énorme ce qu'on laisse dans la mémoire de ceux qui restent.
    - Mais là, vous me dites que vous n'étiez que deux.
    - Je sais ce que vous pensez. Vous vous dites : "Deux à son enterrement ! C'est comme si il n'y avait eu personne, finalement." Remarquez, moi-même je serais plutôt tenté de penser la même chose : deux à son enterrement, c'est comme si personne n'était venu.
    - Et sa fille ?
    - Sa fille, elle a pleuré. C'a fait du bruit et du tapage.
    - Et vous, vous avez pleuré ?
    - Non. Comme je viens de vous le dire, il y avait sa fille et ça suffisait bien. Et puis, pour moi, c'était différent. Je m'occupais d'elle de temps en temps seulement... quand sa fille pouvait pas venir. Voilà. D'où mon retard à cause de cet enterrement.
    - C'est rien Monsieur Louvier. Tout va bien."

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    Extrait du titre : Paroles d’hommes

     

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  • Un amour vital, fief de tous les excès

     

                Le jour s'éloigne. La nuit va venir. Au volant de son véhicule immobilisé sur le bord de la route, elle a attendu longtemps son appel et puis...

    Vacarme et gémissements ! Elle n'en pouvait plus d'attendre. Elle n'en pouvait plus d'espérer.

    Ses yeux sont clos. Sa bouche cherche une respiration introuvable. Le manque l'étouffe. Des larmes ont coulé, voilà quelques minutes. Elles ne sont pas encore sèches. C'est venu tout seul, subrepticement. Ils ne se sont pas vus depuis trois semaines durant lesquelles elle a vécu dans l'insomnie et l'angoisse. Elle lui a parlé des jours qui s'écoulent à rebours, des dimanches qui s'éternisent, étouffants et avec eux, sa vie qui recule et qui s'éloigne puisqu'elle désespère de pouvoir la vivre un jour. Dolente, elle a parlé de ses besoins - baisers, caresses - et elle a pleuré.

    Ô Dieu ! Sa voix ! La voix de son salut !

     

               Son téléphone ne quitte plus son oreille. La bouche sèche d'avoir trop cherché son haleine tremblante, elle aimerait hurler et pleurer à nouveau, sangloter sur elle et sur lui, lui qu'elle aime par-dessus tout ce qui l'épouvante : la violence d'une espérance qui a jeté son dévolu sur sa raison. Elle l'a supplié. Il faut qu'il lui parle. Il ne faut pas qu'il cesse de lui parler. Des mots insensés sont prononcés. Elle a laissé échapper un "Dis- moi que tu m'aimes !" et des "Oui !" qui résonnent comme des prières urgentes et désespérées.

    Elle a entrouvert son corsage. Elle a relevé sa jupe. Sa main n'a pas quitté ses cuisses jusqu'à s'y brûler les doigts. Une voie lactée s'est ouverte. Les chants de son firmament ont entonné les dernières mesures, les dernières plaintes du manque et de l'absence. Sa tête et son cœur ont vacillé avant de se vider en tonneaux des Danaïdes d'un désir fou, un désir condamné à renaître mille fois. Pour un peu, elle aurait souhaité en mourir, là maintenant, pour ne plus avoir à souffrir de ce besoin impérieux qui ne tarderait pas à se manifester encore et toujours, sans fin, comme une maladie incurable. Exténuée, son bassin s'est soulevé, ses cuisses liquides se sont refermées et sa voix s'est brisée.

     

                 Râles, pleurs se sont tus et les mots aussi. Tous les mots. Seul un souffle épais et dense se fait encore entendre. Les doigts trempés et les yeux humides, le cœur gros d'une douleur vive et claire comme une certitude haïssable qui se refuse toujours à la quitter en dépit de ce soulagement tant attendu, elle a retrouvé le sourire ; un sourire sans illusions, celui d'un destin impénétrable guidé par mille incertitudes. Un bel arc-en-ciel éphémère et cruel cet assouvissement.

    Elle n'aura eu qu'un regret : n'avoir pu saisir que l'ombre de son amant, sans pouvoir le toucher, l'embrasser et le retenir éternellement entre ses jambes, étau et roc tout à la fois.

    Cherchant son souffle, la tête baissée, reposant sur le volant de son véhicule, inerte, elle lui a dit : « Ne raccroche pas mon Ange ! Reste avec moi encore un peu. » Et puis, le jour a baissé. Elle aurait aimé veiller avec lui mais un promeneur solitaire qu'elle a cru reconnaître s'est approché. Elle n'a eu qu'un désir : fuir au plus vite. Ce qu'elle a fait sans attendre, blême à l'idée que cet intrus ait pu l'identifier.

     

    ***

                  C'est toute la musique qu'elle aime, celle de son portable quand il l'appelle. Que sa voix s'apaise ou bien qu'elle gronde, à chaque fois, c'est la même émotion : profonde et intacte, cette émotion.

    Soulagement et résurrection ! A chaque fois, un fond d'optimisme rejaillit, une espérance démesurée lui coupe le souffle. Hors d'haleine, avant que sa voix ne se fasse entendre, elle ferme les yeux et respire profondément. Dix... trente minutes de répit qui feront de la journée qui s'achève ou bien, qui commence, une journée sauvée. Elle ne l'aura pas vécue pour rien.

    Entre deux rencontres, dans l'intervalle d'un éloignement cruel, le sens qu'elle pouvait encore donner à sa vie, c'est dans ces appels qu'elle allait le chercher et l'arracher, le mors aux dents.

     

    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

     

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  • Pièce à conviction : Serge ULESKI en littérature

     

     

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    La vérité, c'est aussi et surtout dans les faits divers que vous la trouverez.

     

               Vous vous demandez dans quel monde vous vivez, dans quel pays, dans quelle ville, dans quel quartier ? Intéressez-vous donc aux faits divers et ne relâchez pas votre attention car tous ces faits divers sont aussi et surtout, des faits emblématiques de notre société qui demeure - quoi qu'on en dise - indomptable malgré tous ses garde-fous.

    Miroir déformant ou pas, le fait divers - pour peu qu'un traitement responsable lui soit réservé - viendra nous rappeler des logiques de comportement que l'on croyait révolues, une géographie urbaine ou rurale insoupçonnable, des conditions de vie scandaleuses mais aussi : mille transgressions, mille intolérances, mille traumatismes, mille injustices...

    Si la rubrique des faits divers est souvent celle des pauvres - rubrique-tombeau que personne n'ira fleurir - elle est aussi celle des fous.

     

    ________________

     

    NB : ce texte n'est pas un polar !

     

                Trois longues années à découvrir les cadavres de dix adolescentes. Trois ans d'enquête à interroger des dizaines de suspects et des centaines de témoins éventuels, jusqu'au jour où l'on découvre dans le baluchon d'un sans-abri mort de froid, huit carnets. Après la lecture de ces carnets, la police ne tardera pas à faire un rapprochement entre ce cadavre et les viols et meurtres des dix adolescentes. Ce sont les analyses scientifiques qui finiront par établir avec certitude la culpabilité de l'auteur de ce "Journal" désormais considéré comme... "Pièce à conviction".

     

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    Ce qui ne vous tue pas... fait de vous... un monstre !

     

                   Comment revisiter le monde érotique et cruel du Marquis de Sade et chez Lautréamont, les forces obscures de l'irrationnel et de l'inconscient ?

    Ce récit est une tentative de réponse loin de toute analyse psychologique. D'où la forme adoptée : celle du "Journal intime".

    Parole de tueur donc ! Loin de la parole psychiatrique et, en ce qui concerne la parole du journalisme d'enquête, cette dernière est réduite à sa plus simple expression : celle de l'exposition des faits.

     

    Choix stylistique : celui d'une écriture subliminale censée incarner l'enfermement de notre tueur dans la négation de la réalité et du caractère injustifiable des actes qu'il commet. Des coupures de presse, insérées tout du long, renverront sans ménagement le lecteur à cette réalité décidément... têtue ! Aussi têtue que les faits qui nous sont rapportés dans ce journal.

     

     

    Extrait proposé - cliquez :  Pièce à conviction carnet 6 extrait.pdf

     (Ne pas fermer le PDF après lecture : faites "page précédente")

     

    Extrait audio

     

     

    Entretien avec l'auteur : cliquez Pièce à conviction

     

    L'ouvrage est disponible ICI

     

     

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