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  • Bugs dans la Matrice : comment le web peut reconfigurer (ou non) notre civilisation

     

              Un exposé de Guillaume Cazeaux sur AgoraVox qui fête ses dix ans ; Agoravox est un agrégateur qui permet la rencontre en un même lieu de toutes les opinions et la confrontation des analyses les plus discordantes.

     

               Introduction :

     

               «  Qu'est-ce que l'Internet nous a apporté en termes de démocratie ? La question a pu très légitimement nous préoccuper dans les premières années du Web 2.0, tant l’innovation technologique était majeure et laissait présager un impact politique tout aussi majeur. À la vérité, et après certes bien des remous sur la Toile, l’avancée démocratique s’est avérée fort minime.

    La question de la démocratie, récurrente lorsque l’on évoque l’apport politique de l’Internet, viserait ainsi peut-être à côté de l'essentiel. Une série ininterrompue de bugs dans la matrice, la nôtre, la vôtre, qui brisent les représentations communes, agitent des myriades de citoyens soucieux et créateurs, reconfigurent dans une certaine mesure la hiérarchie des sources d’autorité. Et si le web préparait, de manière souterraine, la mue d'une civilisation à bout de souffle ? »

     

                     Extraits :

     

                Le web a réveillé de nombreux citoyens assoupis, « anesthésiés », dixit Neil Postman, sous l’emprise de la télévision. Non pas certes sur le seul thème de la démocratie, mais sur toutes sortes de sujets d’actualité, dans la mesure où il a soudainement élargi la matrice par laquelle nous percevions jusqu'ici le réel. Matrice forgée par les médias de masse qui, du fait de contraintes spatiales et temporelles, mais aussi de biais idéologiques, ne pouvaient guère traiter que de parcelles sélectionnées de la réalité. Avec le web, les limites posées par les anciens médias sont devenues saillantes et de plus en plus inacceptables pour une minorité de citoyens actifs.

    (…)

                L'Internet, ce champ immense d'informations et d'opinions contradictoires, a déstabilisé les citoyens curieux – Montaigne appelait ce type d’hommes, insatisfaits de l’ordre social et des croyances communes, les « métis » (Essais, I, LIV), car il a créé des dissonances cognitives multiples ; et face à la dissonance, la pensée se met nécessairement en branle, afin de tenter de recouvrer la cohérence dont elle a besoin. On ne sort pas volontairement de la Caverne, on en est éjecté.

    Tel fut souvent le carburant des « journalistes citoyens », des promoteurs d'information « dissidente » ou « résistante », des apôtres de la « réinformation »... Face à un clergé médiatique qu'ils percevaient comme sclérosé et parfois manipulateur, ils prirent leur bâton de pèlerin pour informer plus équitablement ou diversement leurs concitoyens. Ce qui n'alla pas sans heurts.

    (…)

                   L’Internet peut ainsi constituer un défi en ce qu'il met potentiellement fin au « monde commun » ; ne plus croire à la même réalité, aux mêmes faits, au sein d’une même société est un défi posé à la cohésion de nos sociétés connectées. D’autant que d’autres « ségrégations » s’y ajoutent, qui amènent parfois à ne plus adhérer du tout aux mêmes valeurs. Or, sans accord (relatif) sur les faits et les valeurs, quelle société peut encore tenir debout ?

    (…)

                 Les jeunes de 2015 forment d’abord leurs opinions sur la Toile, alors « qu'il y a 20 ou 30 ans, 90 % de ce qu'apprenait un élève venait soit de ses parents, soit de l'école ». Un constat appuyé par Iannis Roder, professeur d'histoire-géographie dans un collège : " Aujourd'hui, il y a un problème de hiérarchisation des savoirs ; pour certains élèves, la parole de l'enseignant, c'est une parole parmi d'autres, et notamment parmi celles que l'on peut écouter sur Internet. Les sources d’autorité se sont en effet démultipliées."

    (…)

               Quand le doute est un moment du processus d'émancipation.

    Il existe ainsi une convergence dans le parcours de tous les « métis » du numérique : mise en doute des paroles officielles, dénonciation de mensonges, de l'efficience de pouvoirs occultes, mais aussi de l'endormissement des masses, et appel au réveil ; la divergence profonde entre eux s'opère une fois que le doute s'est instillé largement dans les esprits, les uns sachant vivre relativement sereinement avec cette part de doute, de défiance, voire de conviction hétérodoxe, les autres ne le supportant pas, et se rendant aisément disponibles pour le dogmatisme le plus insensé.

    (…)

                   Les « métis » de l’âge numérique et les individus qui en sont restés à un usage traditionnel des médias, ceux-ci forgeant leur jugement sur la base d’une quantité et d’une diversité d’informations et d’opinions plus restreinte que ceux-là... les consommateurs de médias traditionnels comprennent moins bien les « métis » du numérique que l’inverse (car, si ces derniers connaissent généralement les informations que consomment les premiers, la réciproque n’est pas vraie). Le même problème se pose d’ailleurs entre les « métis » eux-mêmes, les uns et les autres ne fréquentant pas les mêmes « bulles » sur le Net. On ne saurait pour autant en déduire, a priori, que les uns ont davantage raison que les autres. Disposer d’informations est une chose, former son jugement en est une autre.

    (…)

                  L’internaute, par le biais d’une simple requête sur Google se trouve projeté malgré lui par-delà les frontières de l’ancien monde, sur des sites incroyablement variés – autant de tribus ennemies – et il est ensuite amené à élaborer sa propre pensée, à faire sa propre synthèse (sous diverses influences). Hier encore, par comparaison, le lecteur du Figaro avait peu de chances de lire aussi Libération, celui de Charlie Hebdo de lire Minute… Il fallait une démarche volontaire, très rare.

    Ces reconfigurations se font sans doute, dans un premier temps, au bénéfice des contestataires les plus radicaux du « système ».

    (…)

                  Bien sûr, ces effets du web ne sont observables que sur un public limité. Pour le reste, estime Alain Cotta dans son ouvrage La domestication de l’humain : « L’âge digital encourage la paresse d’apprendre au détriment de notre capacité mentale, il libère notre narcissisme bien plus que nos sentiments altruistes, et favorise des évasions ludiques qui pénalisent l’exercice d’une volonté consciente. » Selon l’économiste, notre ère numérique, loin de nous permettre d’envisager une quelconque émancipation, serait bien plutôt propice à la domestication accélérée de l’humain. Domestication souhaitée secrètement par la plupart d’entre nous… Selon lui, nos sociétés « se rapprocheraient lentement de celles des espèces les plus résistantes et majoritaires – celles des insectes où l’autonomie de chaque membre est volontairement sacrifiée sur l’autel de leur nombre, de leur efficacité ». Faisant allusion à l’allégorie de la Caverne de Platon : « La lumière du jour aura beau continuer de resplendir, la profondeur de la caverne diminuer, la quête de l’origine de la lumière ne réunira toujours qu’un nombre infime d’originaux ».

    (…)

                  Les personnalités du web, lorsqu’elles tiennent des propos hérétiques, sont des « bugs » dans la matrice dominante, qui ne peut pas rester insensible au danger qu’elles peuvent lui faire courir et qui, parfois, doit prendre des mesures punitives à leur endroit pour se préserver. Toute société ne maintient en effet son unité qu’en gardant un contrôle relatif sur les esprits de ses membres. Le web est justement le terrain – dangereux de ce fait pour l’ordre politique – sur lequel de nouveaux leaders d’opinion peuvent émerger, qui peuvent détourner certaines franges de la population de la matrice dominante vers d’autres matrices.

    Si la découverte en ligne d’informations et d’interprétations discordantes avec celles livrées par le circuit médiatique classique est un premier choc, un premier moment du changement de matrice, que d’aucuns appellent « éveil » ayant eu le sentiment d’avoir dormi jusqu'ici (victimes de la TV Lobotomie), ce passage est consolidé par la découverte d’autorités alternatives qui fournissent les arguments nécessaires pour étayer sa nouvelle conviction, voire une vision du monde plus globale (d’où le succès – parmi d’autres – d’une figure charismatique comme celle de Soral, qui vient remettre de l’ordre dans le désordre que l’expérience numérique a d’abord généré, offrir une synthèse orientée au sein du chaos fragmenté.

                                              Guillaume Cazeaux

     

                   L'exposé dans son intégralité en 3 parties :

     

                   1 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bugs-dans-la-matrice-comment-le-173484

                   2 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bugs-dans-la-matrice-comment-le-173713

                   3 http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bugs-dans-la-matrice-comment-le-173714

             

    Pour prolonger, cliquez : Odyssée 2.0 - La démocratie dans la civilisation numérique

     

    Lien permanent Catégories : politique, quinquennat Hollande et PS 0 commentaire
  • Internet, écriture et édition : bilan et perspectives

     

     

                 Entretien avec Jan Kapriski... un temps rédacteur en chef de la revue (éphémère) : Littérature et écriture.

     

     

     

     

    ***



    Jan - « L’heure du bilan a sonné !» m’as-tu annoncé Serge. Tu es venu me voir et tu m’as demandé de conduire cet entretien. Il sera donc question de ta présence sur le Web depuis trois ans, et de ce que tu souhaites nous dire à ce sujet ; ça peut être utile auprès des auteurs qui se posent la question suivante : « Qu’est-ce qu’Internet peut bien m’apporter ? ». On commence par l’audience de ton blog, ou plus généralement, ton audience sur le web...

     

    Serge ULESKI - Difficile d’évaluer mon lectorat mais… je le situe entre 8000 et 10000 par mois, parfois plus - ce qu’on appelle les « visiteurs uniques » -, en audience cumulée sur les trois sites suivants : Nouvelobs, Agoravox et Le monde.fr.

     

    - Sur le Nouvelobs, tu gères 2 blogs.

     

    - Oui. Un qui a pour sujet "l'écriture et l'Art"... un autre sur l'actualité politique.

     

    - Depuis huit ans, tu es très présent sur les réseaux-sociaux et pas simplement sur ces plateformes d'info.

     

    - C’est ma manière à moi de me démultiplier ; notion très importante avec Internet : si vous voulez qu’on vienne chez vous, il faut aller chez tous les autres. Aussi, je suis partout où il y a de la lumière... même celle d’une bougie. Chaque billet publié sur ce qu'on pourrait appeler mon blog-maître, celui du Nouvelobs, fait l'objet d'une publication sur de nombreux autres sites.

     

    - D’où ton Pagerank de 5.   

     

    - C’a demandé pas mal de travail ; un travail à plein temps : il faut pouvoir intervenir sur l'actualité, avoir un avis sur tout ou presque... Même si je cible en priorité les sites à forte audience.

    - Et les sites qui traitent de littérature ?

    - La plupart de ces sites n’acceptent pas de contributions extérieures. Ces sites sont fermés ; ils fonctionnent en vase clos ; de plus, ce sont des sites très confidentiels, à faible, voire très faible audience. Sinon,j'interviens régulièrement sur Exigence littérature.

     

    - Pour reprendre cette idée de « démultiplication »… tu interviens sur les sites tantôt en tant que contributeur, ou bien alors, tu utilises la fonction « commentaire »…



    - Avec cette fonction propre à Internet, j’interviens sur les journaux en ligne tels que Libé, Le Point, Marianne, Médiapart à partir de leur publication sur Facebook...

     

    - Tes interventions vont bien au-delà du simple commentaire. Il est plutôt question de rebond ou de prolongement…

    - On répond à un texte par un texte. C’est ma position en ce qui concerne le "commentaire" ; commentaire qui peut occuper une place qui ne lui est pas destinée, et ce faisant devenir le centre d'une parution dont le contenu initial se trouve renvoyé à la périphérie.

    - Le commentaire peut alors devenir le nouveau centre d’attention ?

     

    - C'est ça. Une seule règle néanmoins : il faut respecter le sujet traité par le billet.


    - Ta démarche peut être à l’origine de quelques tensions...

     

    - C’est le risque. Tensions du côté de l’auteur du billet original ou bien, des internautes qui interviennent, eux, sous la forme concise du commentaire. Faut bien dire qu’il y a sur Internet et les sites généralistes à forte audience, un refus de tout ce qui est disons écrit ou étoffé ; sur Internet, on aime la concision, et donc  les commentaires courts. C'est sans doute la BD qui est responsable de cette situation ; la BD et ses effets sur deux générations ainsi que les méthodes d'enseignement du français ; les nouveaux outils de communication sont aussi en cause ; pour faire court : l'hégémonie irréversible de l'image et du son, et par voie de conséquence... les problèmes que rencontrent les internautes quand il faut passer à l'écrit.


    - Avec Internet, le niveau est toujours un problème, non ?

    - C'est vrai : on y trouve pas que des as de l'écrit ou du raisonnement. Mais... il faut le dire : Internet permet à nombre d’auteurs, d'artistes et de créateurs à la marge des milieux culturel, artistique et médiatique de s’exprimer ou de présenter leur travail ; et ces internautes-là représentent de surcroît près de 99% de ceux qui créent ; et j'en fais partie. Internet est aussi là pour pallier la disparition de ce qui s’est longtemps appelé « Le café du commerce » : lieux où l’on pouvait dire ce qu’on pense, donner son opinion quelle qu’elle soit ; ces lieux ont pratiquement disparu. Internet a pris le relais ; une différence de taille quand même : avec Internet, la parole libérée est souvent une parole anonyme, sans nom ni visage...

     

    - D'où les excès.

     

    - Et qui plus est : une parole formulée dans l'instant, dans l'humeur ; une parole sans recul qui se propage à une vitesse vertigineuse auprès d’une audience potentiellement illimitée.

     

    - Toi-même, comment gères-tu les commentaires des internautes ?

     

     

    -  Sur le Monde.fr et sur Agoravox, je peux gérer les commentaires. Sur le Nouvelobs, je n'ai pas la main. C'est le Nouvelobs qui valident ou pas les commentaires qui sont déposés. En règle générale, je valide tous les commentaires – quelle que soit leur longueur -, sauf les insultes et les commentaires incompétents ou de mauvaise foi. Dans l’ensemble, les commentaires que l’on me soumet sont plutôt constructifs, même sur DSK ou sur Alain Soral et alors que cet auteur fait l’objet d’une haine inextinguible ; ainsi que Dieudonné qui garantira des records d’audience à quiconque poste un billet à son sujet. Sur Godard, Eastwood, Marc-Edouard Nabe et Bayrou, j'ai essuyé quelques insultes. Comme quoi, il y a encore des gens intouchables !

     

    -  Quelle est la fréquence de tous ces commentaires ?



    - Toutes les études le montrent : moins de 10 pour cent des lecteurs-internautes laisse un commentaire. Ce pourcentage semble invariable.



    - Beaucoup se plaignent d'Internet. A son sujet, ils n’hésitent pas à parler de "poubelle".

    - Les critiques les plus virulentes ont pour origines ceux dont la notoriété est antérieure à Internet ; notoriété qui repose sur la télé, la radio et la presse écrite. Et puis, il faut bien aussi mentionner cette caste médiatique qui, depuis toujours, prétend au monopole de l'analyse et du commentaire ; et cette caste médiatique découvre avec Internet qu’elle est loin de faire l'unanimité auprès d'un public spectateur-lecteur-auditeur-critique avec lequel elle n'avait, jusqu'à présent, aucun contact direct ; protégée qu'elle était, aujourd'hui cette caste accepte mal la liberté d'opinion. C’est la raison pour laquelle elle a recours au rejet et au mépris.

     

    - Quels sont tes billets qui ont rencontré le plus de lecteurs ?

     

    - Un billet sur Dieudonné, un Billet sur le PS et puis un autre, sur l’affaire Fofana.

     

    - Et la censure ? As-tu eu à t’en plaindre ?

     

    - Sur Internet, c'est une constante : plus un site touche un large public, plus il est liberticide ; le niveau de tolérance est vite atteint. Sur le Net, il s'agit surtout de censure préventive : dans le doute, on préfère bâillonner le blogueur. Pour exercer cette censure, la grande majorité des hébergeurs qui n'a pas les moyens de contrôler tous les contenus se repose sur la délation par l'intermédiaire de la fonction Alerter (ou avertir - bel euphémisme pour dénoncer) ; en un clic on alerte, celui qui dénonce restant anonyme : pas de visage ni de nom ; juste une adresse IP.

     

    - J'imagine... ils doivent tous s'en donner à coeur joie !

     

    - On peut dire ça, oui. Cela dit, l'ironie est la suivante : je me suis fait "jeter" à deux reprises : de la plateforme "RFI - atelier des médias" et de Médiapart... et détrompe-toi, non pas pour mon soutien à la dissidence (Soral, Dieudonné et d'autres) mais pour avoir critiqué ces deux médias : RFI à propos de la France-Afrique, et Médiapart à propos de l'incompétence de sa rédaction en politique internationale et plus particulièrement, en géopolitique. RFI à supprimer toutes mes contributions qui représentaient plusieurs années de collaboration. Médiapart les a toutefois maintenues.

     

    - On a évoqué ton audience sur Internet. Qu'en est-il de tes ouvrages ?

     

    - Depuis la mise en ligne progressive de mes titres sur Amazon, j'en suis à un moyenne de 600 exemplaires par titre.

     

    - C'est plutôt encourageant non ?

     

    - Comme on a pu le voir avec les commentaires, les ventes représentent grosso-modo un peu moins de 10% de l'audience. Aussi, si 10% des lecteurs laisse un commentaire, il semblerait qu'il y ait le même pourcentage qui achète mes ouvrages.

    - Seule solution pour augmenter les ventes : augmenter l'audience.

    - En effet.

     

    - Cela dit, pourquoi ce faible taux de retour sur ton "investissement", si j'ose dire : investissement  dans la toile en général et dans ton blog en particulier ?

     

    - Plusieurs raisons ; j'en retiendrai deux : parmi les lecteurs de mon blog, les plus nombreux viennent simplement pour y lire ce que j'ai à dire sur tel ou tel sujet plus ou moins d'actualité ; tous ne viennent pour y découvrir de la littérature, la mienne en l'occurrence ; Et puis, tous n'en lisent pas. Quant aux autres, laisse-moi éclairer un aspect parfois négligé, pourtant primordial de la lecture ou de la non-lecture d’une œuvre à l’égard de laquelle tout lecteur serait tenté de se détourner d’instinct, avec à l’esprit cette considération imparable et fatale à tout auteur non estampillé écrivain : à quoi bon la lecture d’un texte dont on n’est pas assuré de la légitimité

    - Un peu comme la signature sur un tableau ?

    - Oui.

    - Et cette légitimité, où le lecteur ira-t-il la chercher ?

    - Le lecteur ira la chercher dans un premier temps, auprès des éditeurs (un ouvrage estampillé Gallimard jouira d’une légitimité et d’un prestige incomparables), et dans un second temps : auprès des critiques, des éditorialistes, des commères en tous genres, magazines, radios, télés, bien évidemment. Et si par malchance l’auteur et son texte n’ont pas été validés par une bonne partie de tout ce beau petit monde, le lecteur aura très vite le sentiment de perdre son temps en s’adonnant à une lecture pour rien ou pour si peu ; une lecture et un livre pour personne sinon les proches de l’auteur. Quant à la critique... elle n'achète pas les livres qu'elle couvre, aussi, ceux qui sont auto-édités passent automatiquement à la trappe. La critique se repose uniquement sur le service de presse des éditeurs ; ce sont eux qui décident de ce que la critique lira ou ne lira pas.

     

    - Ce regard des lecteurs et de la critique sur les auteurs auto-édités peut-il changer un jour ?

     

    - Ca prendra du temps.

     

    - Que penses-tu de l’expérience de Marc-Edouard Nabe et son anti-édition dont on nous a rebattu les oreilles ?

     

    - Rien à dire de particulier. Ce que Nabe appelle l’anti-édition est une formule pompeuse et creuse que tous les imbéciles autour de lui – et on me dit qu’ils sont nombreux -, ont reprise. Si Nabe fait de l’anti-édition, il s’agit tout bêtement d’édition anti-éditeurs et anti-libraires : anti-FNAC disons. No big deal ! La véritable anti-édition signerait l’arrêt de mort du livre et de l’écrit au bénéfice d’une littérature orale ; une littérature de l’ouïe, une littérature du bouche à oreille qui se déclamerait sous (ou derrière) le « masque ». La seule originalité de la démarche de NABE c’est son passage de l’édition à compte d’éditeur à l’édition à compte d’auteur, même si les éditeurs l'ont un peu aidé puisqu'il n'en trouvait plus. Nabe fait simplement de l’auto-édition mais… avec un siècle de retard : l’auto-édition de Nabe date d’une époque où les auteurs devaient payer leurs exemplaires avant de les écouler auprès de leurs lecteurs. Nabe n’a manifestement jamais entendu parler de l’impression papier à la commande qui se pratique sur le Net depuis quelques années maintenant ; système d’impression dans lequel l’auteur n’a rien à débourser, excepté le lecteur lorsqu’il commande un ouvrage.



    - Tu as recours à Amazon

     

    Amazon gère toute la chaîne de l’édition : de l’impression à la facturation et l’envoi du manuscrit commandé par le lecteur. En ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage - mise en page et mise en forme -, l'auteur contrôle tout à la virgule près. On peut aussi à tout moment effectuer des corrections, des modifications... le livre que reçoit le lecteur étant la dernière version chargée par l'auteur sur l'interface de l'imprimeur.

    - Tu veux dire qu'aujourd'hui, il peut circuler des versions différentes de chacun de tes titres ?

    - Je parlerais de corrections ou de modifications mineures en ce qui me concerne, même si des changements majeurs sont possibles. C'est bien de savoir que l'on peut toujours intervenir sur ses textes. Rien n'est figé, jamais, avec Internet et ce système d'impression papier à la demande ! Ensuite, je n’ai qu’à toucher la part qui me revient sur le prix de vente. Avec ce système de publication, l'auteur est vraiment rémunéré ; et le prix de son livre n'en est pas plus élevé pour autant.

     

    - Rien à voir avec les 8% d'un éditeur donc !

     

    - Et plus encore quand il s'agit d’un éditeur qui n’a pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’il publie. Franchement, je ne vois pas comment des auteurs peuvent encore aujourd’hui accepter les conditions qui leur sont faites  ; et notamment la cession à vie et au-delà, des droits sur leur propre travail, sur leur sueur et leur sang ?! Et en échange de quoi, franchement ? Disons les choses : des pans entiers de l’édition ont longtemps eu pour occupation principale la chasse aux subventions ; notamment les petits-éditeurs-sangsues de la province, gérants-salariés de leur propre maison, installés dans des communes aux codes postaux du type 64258 ou 34878 ou bien encore 12145 (ne cherche pas : ces codes sont fictifs), bien au vert dans des hameaux, des villages et autres lieux-dits, un salaire confortable en fin de mois, le tout sur le dos des auteurs qu’ils éditent et qui ne verront jamais leurs livres dans les bacs des points de vente qui comptent. Nul besoin de le déplorer, personne n’aurait pu soupçonner qu’ils y étaient… puisque ces éditeurs n’ont pas les moyens de faire connaître les ouvrages qu’ils éditent. Sans oublier le fait suivant : compte d’éditeur ou d’auteur, n’est-ce pas toujours l’auteur qui paie la fabrication et la diffusion de son livre ?! Pourquoi crois-tu qu’un éditeur donne 8% à son auteur ? 8% du fruit de son travail ? Où donc sont passés les 92% restant ?

    - On parle depuis quelques années maintenant d'une crise du livre…

    - Est-ce vraiment le livre qui se porte mal ou bien les éditeurs ? Et plus particulièrement ceux qui n’ont pas les moyens de faire connaître les livres et/ou les auteurs qu’ils éditent ? A l’avenir, je crois que les éditeurs qui ne seront pas capables de “rapporter” des lecteurs à leurs auteurs auront du souci à se faire. Avec Internet et l'impression numérique à la commande, l'auteur pourra voler de ses propres ailes.

    - Tu veux dire qu'Internet lui fournira des lecteurs ?

    - Oui. Même si cela demandera de la part de l'auteur, un travail quotidien pour développer sa notoriété et sa crédibilité : sites, plateformes communautaires, forums...

     

    - Tu penses que d’ici peu, le seul intermédiaire “toléré” par les auteurs entre un livre et son lecteur sera l’imprimeur, et seulement l’imprimeur ?

    - C'est fort possible à moyen terme pour les auteurs dont les livres sont appelés à occuper un petit segment du marché ; et plus ce segment est limité, plus l'auteur a besoin d'un pourcentage de rémunération élevé : seule l'auto-édition est capable de le lui garantir.

     

    - Sujet à suivre donc…

     

    - Même si la course s’annonce bien plus courte qu’elle n’en a l’air ! D’ici dix ans, ce sera plié.

     

    - Sinon, tu comptes sortir combien de titres ?

     

    - 18 au total. Une quinzaine d'entre eux est en ligne et peut être commandée sur Amazon dès maintenant.



    - Alors, ce bilan ?

    - Positif ; encourageant. On ne lâche rien. On continue : de l'audience, encore de l'audience, toujours plus d'audience ! Et je salue ceux qui me lisent, et doublement ceux qui me soutiennent :  et je les salue tous fraternellement et même... confraternellement."

     

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  • Clark contre Ménard : quand le caniche Clark se change en roquet

     

                  Robert Ménard était ce matin-là l’invité de Pascale Clark sur France Inter à l’occasion de la sortie de son pamphlet, “Vive Le Pen!”, co-écrit avec son épouse, Emmanuelle Duverger.



    ***


                 Bien que les derniers écrits et les dernières interventions médiatiques de Robert Ménard méritent très certainement que l'on s'interroge et par delà cette interrogation, que l'on demande à ce journaliste de nous expliquer quel peut bien être le bénéfice pour notre société d’un soutien médiatique apporté aux thèmes de campagne développés par le Front National...

    Un Ménard sarkoziste – même si c'est là son droit le plus absolu -, en digne représentant d'une génération du même nom, et qui, après avoir déserté le champ de l’intelligence et de la compassion, semble s’autoriser tout au nom d’une franchise au mieux juvénile et naïve, au pire… vindicative et revancharde (en ce qui concerne Zemmour), éloignée des analyses des déséquilibres sociaux toujours croissants et de leurs solutions toujours repoussées à plus tard ; franchise qui ne peut que nuire à la recherche des vraies réponses…

    Que ce soit ou non sur un ton réprobateur et à partir d’un biais franchement hostile, difficile, néanmoins, d'accepter que cette interrogation soit porter par une intervenante médiatique du nom de Pascale Clark (1) dont l’arrogance n'est que le reflet d'un journalisme de fauteuil, fanfaronnant derrière un micro…

    Une Pascale Clark sans caractère ni personnalité, toujours à courir après un micro (elle les a tous faits en quinze ans, passant d’une radio à une autre, privée comme publique, avec la virtuosité propre à ceux qui, de leur métier, n’ont qu’une idée de feuille de paie), et ce pour son seul bénéfice et celui de ses employeurs successifs…

    Difficile donc de ne pas voir en cette Pascale Clark éternellement aux ordres (2), un journaliste de bac à sable de plus au service de toutes les pensées, pourvu qu'elles soient dominantes dans le microcosme qui fait et défait les carrières professionnelles des uns et des autres…

    Une Pascale Clark caniche qui se change en roquet face à un Robert Ménard qui, lui, en revanche, a su, certes ! en d'autre temps et alors qu'il était mieux inspiré, mouiller la chemise et prendre quelques risques professionnels et physiques dans l'exercice de son métier de journaliste et de Président de Reporters sans frontières en défendant la liberté d'expression et le droit à une information honnête et libre dans tous les pays ; liberté et droit toujours menacés ici comme pourtant ailleurs...

    ***

     

                  Aussi, il faut se faire une raison : dans les années à venir, ce sont très certainement des Clark, Fogiel, Morandini et consorts, nouveaux Elkabbach et Duhamel des temps modernes, Sciences Po en moins (3) et parfois même, syntaxe et vocabulaire ! Véritables nains de l’existence et de l’engagement…

    Individus sans colonne vertébrale autre que celle que peut leur offrir le confort du dos du fauteuil dans lequel ils posent chaque jour des fesses tièdes et maigrichonnes (à force de les serrer ?) qui feront la leçon tantôt à leurs ainés, tantôt à des interlocuteurs pris dans la nasse d’une minute médiatique qui se mesure en secondes, sur le grill, entre deux feux : celui de la montre et celui d’un «C'est mon émission, et c’est moi qui décide de votre temps de parole… »

    Interlocuteurs qui, et de préférence, auront eu, pour certains d’entre eux, le souci de défendre une certaine idée de l’engagement, même non exempt de toute critique et de tout reproche, dans une société que ces mêmes Clark, Fogiel, Morandini et consorts, imbéciles utiles… contribueront à faire crever d'asphyxie (comme les Duhamel et les Elkabbach en leur temps) à force de ne plus être entendue, lentement mais sûrement, jour après jour, émission après émission aux procès d’intention aussi gratuits qu'irresponsables.

                   Et c’est alors que le silence assommant des médias viendra donner à la représentation du réel son dernier coup de grâce : libre ensuite au mensonge de régner sans entraves ; mensonge qui donne au pouvoir et à l’argent, toutes les clés de l'avenir mais… sans nous puisque cet avenir se passera de notre consentement...

    Car, n'en doutons pas un seul instant : telle est bien la finalité de ce mensonge

     

     

    1 - En revanche, quand c'est un vrai journaliste en la personne d'Edwy Plenel qui rappelle à Ménard à la raison et à ses premiers devoirs, là on ne peut que s’en réjouir.

    2 - Souvenez-vous ! Dans les années 90, n'était-elle pas celle qui, sur France Inter même, animait une revue de presse qui omettait soigneusement à l'heure de la pensée unique - celle des experts seuls habilités à nous expliquer la société et le monde ; experts conseilleurs non payeurs -, tous les hebdos, quotidiens et mensuels (JFK de Marianne s'en plaindra à plusieurs reprises) qui tentaient de s’insurger contre cette chape de plomb politique et intellectuelle.

    3 - Mais là, personne ne s’en plaindra quand on connaît le formatage des esprits de cette Grande petite école aussi inutile que nuisible. Ou bien alors, que l’on nous prouve le contraire !

     

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