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AA - Serge ULESKI, littérature et essais

  • Antonin Artaud par Colette Magny : confessions

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    .                  Mort au monde... Antonin Artaud nous revient plus vivant que jamais avec ce texte lu par Colette Magny *

     

    Artaud, la voix de l'anti-psychiatrie ?

     

                  "... Je dis ce que j'ai vu et ce que je crois ; et qui dira que je n'ai pas vu ce que j'ai vu, je lui déchire maintenant la tête. Car je suis une irrémissible Brute, et il en sera ainsi jusqu'à ce que le Temps ne soit plus le Temps.

    Ni le Ciel ni l'Enfer, s'ils existent, ne peuvent rien contre cette brutalité qu'ils m'ont imposée, peut-être pour que je les serve… Qui sait ? En tout cas, pour m'en déchirer.

    Ce qui est, je le vois avec certitude. Ce qui n'est pas, je le ferai, si je le dois. Voilà longtemps que j'ai senti le Vide, mais que j'ai refusé de me jeter dans le Vide. J'ai été lâche comme tout ce que je vois. Quand j'ai cru que je refusais ce monde, je sais maintenant que je refusais le Vide. Car je sais que ce monde n'est pas et je sais comment il n'est pas. Ce dont j'ai souffert jusqu'ici, c'est d'avoir refusé le Vide. Le Vide qui était déjà en moi.

    Je sais qu'on a voulu m'éclairer par le Vide et que j'ai refusé de me laisser éclairer. Si l'on a fait de moi un bûcher, c'était pour me guérir d'être au monde. Et le monde m'a tout enlevé. J'ai lutté pour essayer d'exister, pour essayer de consentir aux formes (à toutes les formes) dont la délirante illusion d'être au monde a revêtu la réalité.

    Je ne veux plus être un Illusionné. Mort au monde ; à ce qui fait pour tous les autres le monde, tombé enfin, tombé, monté dans ce vide que je refusais, j'ai un corps qui subit le monde, et dégorge la réalité. J'ai assez de ce mouvement de lune qui me fait appeler ce que je refuse et refuser ce que j'ai appelé.

    Il faut finir. Il faut enfin trancher avec ce monde qu'un Être en moi, cet Être que je ne peux plus appeler, puisque s'il vient je tombe dans le Vide, cet Être a toujours refusé. C'est fait. Je suis vraiment tombé dans le Vide depuis que tout, - de ce qui fait ce monde, - vient d'achever de me désespérer. Car on ne sait que l'on n'est plus au monde que quand on voit qu'il vous a bien quitté.

    Morts, les autres ne sont pas séparés : ils tournent encore autour de leurs cadavres, et je sais comment les morts tournent autour de leurs cadavres depuis exactement trente-trois Siècles que mon Double n'a cessé de tourner.

    Or, n'étant plus je vois ce qui est. Je me suis vraiment identifié avec cet Être, cet Être qui a cessé d'exister. Et cet Être m'a tout révélé. Je le savais, mais je ne pouvais pas le dire, et si je peux commencer à le dire, c'est que j'ai quitté la réalité..."            

      

           Une pensée pour tous ceux qui se savent séparés d'eux-mêmes dans leur relation avec le monde ; monde que l'on ne peut décidément pas refuser d'habiter, volontairement ou bien comme contraint par un envoûtement aujourd'hui encore mystérieux (et la schizophrénie est un tel envoûtement, une telle maladie)... qu'au prix d'un énorme préjudice à soi-même.

             A leur famille aussi.

     

     


    * Une Collette Magny qui a pu, à un moment de sa vie, se sentir, elle aussi, comme... séparée.

     

     

    Spleen - Charles Baudelaire (1821 - 1867)


                          A Pierre.

     

     

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  • Jean-Jacques Rousseau raconté par Henri Guillemin

     

     

              « Le luxe fait vivre 1000 ouvriers dans nos villes mais il en fait mourir cent mille dans nos campagnes. »

              « Il n’y a guère de fortune qui ne repose pas sur le détroussement d’autrui. »

              « Comment admirer une société où le profit est en raison inverse du   travail ? »

              « Tout privilège est à la charge de la Nation qui l’accorde. »

     

                C‘est lui, c’est Jean-Jacques… Jean-Jacques Rousseau !

     

                Julie ou la Nouvelle Héloïse, Émile ou De l'éducation, Du contrat social, cette trilogie sociale complexe - la famille, l’individu et la société -, qui occupe le cœur de l'oeuvre de Rousseau, tentera de concilier l’individu, l’autorité légitime et la liberté.

     

                 Très tôt, Jean-Jacques Rousseau comprendra la nécessité d’agir sur la condition humaine ;  que l’homme ouvre les yeux sur l’iniquité sociale et sa condition d’exploité ; et si aucun homme n’a sur son semblable une autorité naturelle - ni la monarchie ni l’oligarchie - Rousseau posera la question suivante, lourde de conséquences : où trouver et comment fonder la légitimité de quelque autorité que ce soit ?

    Rousseau répondra : « La seule autorité légitime, c’est la volonté générale» et distinguera entre la volonté générale et la volonté de tous : la volonté générale c’est l’accord naturel, instinctif de toutes les volontés vers le bien car Rousseau n’a jamais renoncé à penser qu’au fond de chaque individu il y a une orientation spontanée vers le bien ; en revanche, la volonté de tous, qui n'est que l'accumulation de volontés individuelles divergentes, est contraire à la volonté générale, d’autant plus que si le nombre sanctifie (la majorité), il n’est en aucun cas le garant du bien.

     


                                             


    Henri Guillemin, conteur compassionnel , nous raconte Rousseau - Part 1

     

     

              Son ouvrage  « Les origines des inégalités » lui vaudra d’être persona non gratta en France comme dans la république de Genève ; Rousseau se réfugiera alors en terre prussienne : Neuchâtel ; plus tard à Londres à l’invitation de Hume.

    Il sera le philosophe de la persécution et de l’exil comme aucun autre avant lui et après.

    Rousseau "ennemi de la société, populiste, penseur « du bas », de la plèbe" ? Il leur répondra à tous : « Vous ne savez que parler des devoirs des faibles et des droits des forts !»

          

     

      
                                               

         Part 2

     

                     Pensée politique, pensée religieuse… une légende lie Voltaire à Rousseau ; lien antinomique car, son pire ennemi sera Voltaire ; un Voltaire faussaire et menteur, tout sera bon pour isoler Rousseau, le diaboliser et l’abattre.

                 Dans les faits, l'œuvre de Rousseau déclenchera la haine des Encyclopédistes (à l’exception de Diderot qui prendra ses distances avec les agissements de Voltaire à l'encontre de Rousseau) qui lui reprocheront de vouloir réhabiliter l'idée de "Dieu" ainsi que des nantis (souvenons-nous que Voltaire était un "millionnaire"), des Catholiques et des Protestants que Rousseau défie sur leur propre terrain.


    Les Catholiques l’accuseront de remettre en cause l’institution sociale et le bien-fondé de la domination de quelques uns sur la multitude. Les Protestants suisses ne lui pardonneront pas sa charge contre l’argent ; eux qui, banquiers, ont la fâcheuse habitude de dire « Dieu » quand ils pensent « argent ». Leur chef d’accusation sera le suivant : « Atteinte à notre sainte réformation ».

    Car toute l’œuvre de Rousseau est occupée par le religieux, la destination de l’homme : « Reconnaissant dans l’évangile une autorité divine, je crois à ce Jésus revêtu de cette autorité d’une sagesse plus qu’humaine ». Et puis aussi : « On ne peut être heureux qu’à proportion que l’on se rapproche de soi. Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous » ; là, Rousseau rejoint Pascal.

    Il se dit chrétien mais sans le péché originel ; Rousseau y oppose la bonté originelle de l’homme : l’homme a été meilleur, il est devenu moins bon.

    Altération du caractère naturel de l’homme ? L’imperfection de l’homme fait que l’amour du bien se trompe d’objet ? On pensera alors un amour enténébré.

     

               Sous la poussée de Diderot et son influence, Rousseau tentera de se tourner vers l'homme primitif, l’homme de la nature non civilisé, le « bon sauvage »... avant de se dédire et de revenir à la nature de l’homme et à la bonté des origines.

     

    ***

     

               Philosophe de l'amour de et pour son prochain, philosophe de la solitude... Jean-Jacques Rousseau aura sans doute été le philosophe le plus insulté et le plus haï de l’histoire de la philosophie. Et jamais la vérité sur Jean-Jacques Rousseau ne sera dite de son vivant ; rares sont ceux qui lui rendront justice. En revanche, tous l’auront un jour trahi, tous l’auront persécuté jusqu’aux confins de la folie.

     

               Et « s’il n’y a pas de vertu sans combat », né le 28 juin 1712 à Genève Jean-Jacques Rousseau quittera, épuisé, un monde décidément inhabitable - d’aucuns diront « insortable » -, le 2 juillet 1778 à l'âge de 66 ans.

     

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    Pour prolonger, cliquez : Les conférences de Henri Guillemin

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  • Proust ou la négation de la modernité

     Toute cette semaine, en rediffusion, France Culture rend compte de Marcel Proust avec Céleste Albaret, sa gouvernante qui  l'épaula dans la rédaction de son oeuvre et veilla sur lui jusqu’à sa mort en 1922 : ICI

     

                                                          ____________________

     

    Billet de blog rédigé en 2008

     

                 Chez un auteur, le style, c’est un point de vue, un regard sur le monde qui lui est propre ; c’est un angle de vue particulier sur les choses, les êtres, la réalité ; un angle d’attaque aussi, pour peu qu'il soit guerrier. Le style, c'est aussi la culture de l'auteur. En littérature, il y a « style » à chaque fois qu’il nous est donné à lire une langue re-construite, une langue recomposée et ré-assemblée. 

    Prenons Proust et sa tentative de réconciliation des humanités avec les sciences sociales (démarche très certainement inconsciente) - la littérature avec la sociologie...

    Proust donc ! Et à son sujet… tout ce qu'il n'a pas écrit et tout ce qu’il ignorait de et sur lui-même, ainsi que la question : pourquoi a-t-il fait cette œuvre-là et pas une autre ?

    Proust et la fulgurance du passé ; fulgurance du souvenir - celui de l’enfance, de l’adolescence et des premières années de l’âge adulte -, qui vient comme un boomerang terrasser Proust, et le cloue au lit. 

    Même si l'on ne chasse pas le passé comme on chasse une mouche d'un revers de la main, chez Proust, tout appartient au passé dont le moindre rappel lui fait l'effet d'un événement capital, d'une importance démesurée : une importance extra-ordinaire. Indissociable de sa personne, ce passé commence dès son plus jeune âge : à 20 ans, il est déjà dans le passé de ses 10 ans ; à 30, dans celui de ses 20 ans. Passé dont les souvenirs n'en finissent pas d'envahir sa conscience d'être au présent.

    Proust ne disait-il pas : " Un livre est un cimetière" ?

     

    ***

     

     

    Moins on a d'avenir, plus on a besoin du passé 

             

                  Si Proust décidera très tôt de vivre au jour le jour, principalement occupé à dilapider le patrimoine familial dans une oisiveté dispendieuse, Proust a tout aussi prématurément décidé qu’il n’aurait pas d’avenir et qu’il ne s’en donnerait pas, alors que l'avenir est la seule direction envisageable pour individu dans la force de l'âge : Proust à 29 ans en 1900.

    De là à penser que Proust (rentier-boursicoteur) serait la négation même de la modernité - s’entreprendre, advenir, mettre en échec tous les déterminismes...

    Mais alors, comment vivre sans avenir, sans " inconnu devant soi" ? Car si l’on n’envisage aucun avenir pour soi  - dans le sens de « se construire un avenir » -, que nous reste-t-il à entreprendre  et que nous reste-t-il tout court ?  

    Le présent ! rétorquera-t-on. Mais le présent, n'est-ce pas déjà de l’avenir car le présent ne travaille-t-il pas toujours à son avènement ?  Pire encore : le présent travaille aussi à la disparition du passé, d’autant plus qu'au début du 20è siècle, Proust adulte, l’Europe connaîtra des bouleversements sans précédent aux conséquences irréversibles.

                   Pas d’avenir, pas de présent... soit ! Reste alors le passé. Dernier refuge pour combler un vide qui vous donne le vertige - le vertige de son propre vide -, et vous condamne à terme à un dessèchement physique et moral. 

    Mais quel passé ? Un passé glorifié dans le cadre d'une auto-mystification délibérée ou bien inconsciente car rien n'est moins fiable que les souvenirs de l'enfance ?

                  Refus  de l'avenir, refuge dans "hier", pour cette raison, Proust ne peut que se retourner sur lui-même jour après jour. Et plus il se retourne, plus ses souvenirs le terrassent d’émotion car Proust est né très vieux dans un monde très jeune. C’est le paradoxe car ce siècle qui arrive est le siècle d’avenir par excellence, quand on sait ce qu’il adviendra. A l’entrée de ce nouveau siècle qui grandira et vieillira très très vite, Proust est déjà un homme du passé dans la conduite de sa vie, en ne lui donnant, justement, à cette vie, aucune direction.

    D'autre part, on ne manquera pas de noter que l'oeuvre de Proust est le plus souvent une oeuvre-refuge pour ses admirateurs inconditionnels ; un rempart, l'oeuvre de Proust, contre ce monde moderne dont la nécessité historique leur échappe : tout ce qui nous y a conduit et continuera de nous y conduire ; même si l’on se gardera bien de leur demander d’y adhérer. En effet, comment pourraient-ils, comment pourrait-on, nous tous ?

    Proust serait-il alors un auteur vers lequel on se tourne une fois que l’on a baissé les bras et que l’on s’est juré de ne plus porter aucun livre – à bout de bras, justement ! –, en y cherchant dans la lecture de son oeuvre, sa propre terminaison, prisonnier d’une chambre tombeau ; dernière sépulture de vie pour les convalescents et les agonisants de l’existence ?

    C'est à voir.

     

    ***

     

                     Ironie suprême : si Proust s’est interdit tout avenir, en revanche, il a gagné une postérité que bon nombre de ses contemporains auraient enviée. Aussi, un constat s’impose : seule la postérité est capable de se venger du dédain, voire du mépris, dont l’avenir aura été l’objet.

     

                  Certes, vivre, c'est accumuler du passé. Etre capable, à tout moment, de convoquer ce passé, c'est prétendre à l'immortalité : adoration perpétuelle de soi jusqu'à l'extase ; grandissement épique de sa propre histoire familiale et sociale avec l'éternité pour leurre et le mensonge comme clé de voûte car, le plus souvent, se souvenir, n'est-ce pas se mentir ?

    Aussi, chez Proust, chaque souvenir est un traumatisme en puissance car le présent, qui fait l'objet d'aucun investissement de sa part, faute d'en reconnaître la nécessité, et à propos duquel il est décidément plus difficile de se mentir, ne sera jamais à la hauteur de son passé... passé mythifié à loisir ( jusqu'à la mystification ?).

    Et si, ce qui nous attire, nous séduit, nous émeut dans tout ce qui touche de près et de loin à hier, était le fait que ce morceau de vie qu'est le passé, est derrière nous ? Et on ajoutera, soulagés : "Ouf ! Plus de peur que de mal !" Car... qui nous rappellera que vivre demeure une expérience que l'on préféra toujours avoir derrière soi et non... devant ?

     

     

                 L’expérience existentielle de Proust - expérience initiatique -, c’est une vérité sur lui-même, et cette vérité le désarçonne, lui fait perdre tous ses moyens et le condamne très tôt, à son insu et tous ses personnages avec lui, à l'immobilisme, l'oisiveté et la mort - et pas seulement à cause d’une santé fragile -, avec pour seul secours : l’écriture ; et seul recours : le souvenir et l’émotion suscitée par cet exercice épuisant de remémoration qui a tous les accents d’une... auto-commémoration.

     

    Tel est son style.

     

                          Aussi,  reconnaissons en toute bonne foi que “La nausée” de Sartre, à côté de cette expérience fulgurante qui frappe Proust de plein fouet et au plus profond, c’est trois fois rien : juste une petite déprime.

     


                           

     

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               Raoul Ruiz : "Le temps retrouvé" - chef d'oeuvre cinématographique absolu, indépendamment de sa source : l'ouvrage de Proust.

     

     

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  • A propos de la sortie en 1949 de l’ouvrage de George Orwell : 1984

     

    1984 de george orwell sorti en 1949 biographie de bernard Crick

     

     

     

     

     

     

     

    1984 fut chaleureusement accueilli à sa sortie et alors qu’il ne restait à l’auteur que quelques mois à vivre, tuberculeux chronique qu’il était, maintenant épuisé par des années de conduite à risque et de précarité.

    1984 se vendra dès la première année à près de 400 000 exemplaires ( Europe et USA) faisant d’Orwell un homme riche ; en fin de vie, il ne profitera donc jamais de cette fortune.

    Tout comme « La ferme des animaux », 1984 ne cessera de se vendre.

                  La plupart des critiques accueillirent favorablement le propos de l’ouvrage ; ils comprirent que l’auteur n’avait pas écrit un ouvrage à la Huxley ou Wells (utopie et anti-utopie), ni un conte dans la tradition d’un Swift (l’auteur qui a le plus influencé Orwell) ; il était évident qu’Orwell  avait « simplement étendu certaines tendances à l’œuvre en 1948 à l’année 1984 » - un ouvrage qui s’adresse à un futur proche donc - en décrivant de quelle façon l’ensemble des sinistres inventions  des développements de la guerre « ordinaire » opposaient tour à tour les régimes nazi, communiste, fasciste et capitaliste.

    D’autres évoqueront un roman puissant, passionnant et le plus précieux qu'Orwell ait jamais écrit. D’autres encore verront une mise en garde  tout en déplorant la tentation de l’instrumentalisation de l’ouvrage en machine à propagande anticommuniste oublieux sans doute du diagnostic sans appel rendu par Jean Jaurès à propos du capitalisme à l’aube de la Première guerre mondiale : "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage", ainsi que des premiers romans d’Orwell - Keep the Aspidistra flying et Coming up for air (1)– qui, dès les années 30, dénonçaient déjà, le fascisme latent d’une société dédiée uniquement au culte de la marchandise, bien des années avant Guy Debord et son ouvrage « La société du spectacle » (comprenez : le spectacle du «  tout marchand » où, par conséquent, tout est à vendre et à falsifier : hommes, femmes, enfants, institutions politiques, médias, relations humaines, la représentation de la réalité des conditions d'existence et d'exploitation) ainsi que les analyses de Jean Baudrillard sur la société de consommation et la quasi-disparition du réel tel que les médias de masse s’évertuent à nous le dé-représenter. 

    Pamphlet satirique, violente satire sur la « corruption morale du pouvoir absolu », tous évoqueront la démarche « d’un écrivain  qui se confronte aux problèmes du monde plutôt qu’aux souffrances intérieures des individus et qui est capable de parler avec sérieux et originalité  de la nature de la réalité et des terreurs du pouvoir ».

    Salué comme un roman à thèse de tout premier plan, thèse hautement politique qui plus est, impressionnés par les vérités qui y sont énoncées – vérités plus contemporaines encore au fil des décennies -, et par sa prescience, tous , à quelques exceptions près, virent 1984 comme un traité sur le totalitarisme qui s’appuie sur des tendances aussi présentes que menaçantes, propres au monde moderne.

    Certes, les communistes européens n’y virent qu’une simple propagande de Guerre froide ; ils affirmèrent que « l’objectif du livre était de nuire à l’Union soviétique et d’attiser la haine à son encontre » ; en revanche, d’autres, se sentant sans doute moins visés, comprirent que le livre était une attaque dirigée  contre l’ensemble des facteurs  d'une modernité  qui pourrait conduire à une vie d’abêtissement habitée par une peur et une terreur de l'autorité sans soulagement ni issue possibles excepté dans la résignation.»

    Aux USA, en particulier,  de nombreux journaux présentèrent l’ouvrage comme une attaque d’envergure pas simplement anticommuniste mais anti-socialiste, lancée par un homme de gauche revenu de ses convictions. Orwell s’en défendra comme suit : « Le danger réside spécifiquement dans la structure qui est imposée aux communautés socialistes et capitalistes libérales par la nécessité de se préparer à une guerre totale avec l’URSS et par les nouveaux armements parmi lesquels la bombe atomique est naturellement le plus puissant et le plus connu. Mais le danger réside également dans l ‘acceptation de la perspective totalitaire par des intellectuels de toutes obédiences : les graines  de cette tentation totalitaire sont  déjà très largement répandues (2).»

    Le meilleur antidote à la maladie totalitaire que ce 1984 ?

    Son éditeur Warburg (depuis « La ferme des animaux »),  fit l’analyse suivante, lors de sa première lecture du manuscrit  : « Orwell regarde la vie et trouve qu’elle devient de plus en plus  intolérable ; il n’entretient aucun espoir. Je considère cet ouvrage comme un rupture  définitive entre Orwell et le socialisme  du marxisme et de la révolution managérial. Il rapportera un bon million de voix au Parti conservateur ; Churchill dont le héros de 1984 tient son prénom - Winston -, pourrait le préfacer sans sourciller. »

    Warburg se gardera bien de rendre public son analyse de l’ouvrage sachant  que 1984 se vendrait comme des petits pains ; après avoir accepté de publier « La ferme des animaux » quelques années auparavant - ouvrage refusé par tous - on peut dire qu'il avait du flair cet éditeur !

    A sa sortie, il convient de préciser que les ambiguïtés de la satire orwellienne ont été largement soulignées même si nombreux sont ceux qui se sont trompés sur le positionnement idéologique du livre car Orwell avait compris avant tout le monde, ou presque, qu’un pouvoir absolu de droite comme de gauche est pareillement pernicieux. Aussi, cette satire qu’est 1984 est tout aussi applicable aux Soviétiques des années 40 qu’au mode de vie occidental diffusé par les médias de masse vent debout contre l'éventualité d’une société communiste ou socialiste.

    Bernard Crick, socialiste, biographe britannique de référence de George Orwell, écrivait ceci en 1980 (date de la sortie de sa biographie d’Orwell - aujourd'hui disponible chez Flammarion) : « Chef-d’œuvre de spéculation politique, 1984 est au 20è siècle ce que le Léviathan de Hobbes fut au 17è. L’ouvrage est une mise en garde préméditée et rationnelle contre les tendances totalitaires à l’œuvre dans des sociétés comme la nôtre, plutôt  qu’une prophétie maladive soudainement surgie pour contrecarrer une prise de pouvoir soviétique ou néo-nazie, et encore moins un hurlement de désespoir et un reniement de son Socialisme démocratique. Son style âpre contribue à créer un tableau authentique  d’un Etat rendu infernal par les hommes eux-mêmes. Pour ces raisons, 1984  témoigne d’une imagination plus sociologique que psychologique. »

    Avant de réviser en partie son jugement en 1992 : " La comparaison directe avec Hobbes était passablement exagérée. Je relus 1984  et en conclus qu'il s'agissait d'une satire à la façon du Gulliver de Swift dont la cible plus générale  est la soif de pouvoir, mais qui inclut cinq ou six autres cibles telles que la dégradation de la littérature et de la culture. C'est un livre si complexe dans les cibles qu'il se propose d'atteindre..."

    Crick poursuit : « Certes, l’ouvrage encourage  ses lecteurs à entendre que toutes les interprétations se valent et qu’il n’existe aucune limite  à l’éventail  d’interprétations possibles d’un texte  complexe.  Que son propre éditeur  ait pu se méprendre à ce point à la première lecture  de l'ouvrage – pour rappel : l’éditeur voyait en 1984 un pamphlet anti-communiste et anti-socialiste, un reniement d’Orwell -,  témoigne du fait que Orwell  était au mieux imprudent, au pire inconséquent. Après l’expérience  qu’il avait faite de la réception aux USA de « La ferme des animaux » - critiques du même ordre que celles formulées contre 1984 : "ouvrage anti-socialo-communiste" -,  il aurait dû se protéger contre de telles interprétations fallacieuses  en pratiquant ce qu’il avait toujours si bien prôné : une clarté sans équivoque quant à la signification de 1984. Ce qui lui aurait évité de devoir rédiger après coup un mémoire à destination de la presse américaine et des agences de presse.»

    Ambivalence et ambiguïtés... à ce sujet, il est bon de rappeler que l'individualisme forcené d'Orwell qui était resté proche des mouvements anarchistes, pouvait parfois tempérer son socialisme. 

    Orwell apporta les éclaircissements suivants à la demande d’un haut responsable du syndicat des United Automobile Workers : « Je n’attaque pas le socialisme. Je dénonce les risques que comporte une économie centralisée ; je crois que quelque chose de semblable aux régimes communiste et fasciste pourrait arriver chez nous car les peuples anglophones ne sont pas par nature meilleurs que les autres ; le totalitarisme, s’il n’est pas combattu, peut triompher n’importe où.»

    A propos d’Orwell le fait suivant demeure incontestable : Orwell a défendu la primauté du politique  pour protéger des valeurs tout aussi politiques (contrairement à ce que Bernard Crick croit devoir affirmer : Crick parle à tort de valeurs non politiques) : la justice, la liberté, la fraternité, l’amour, la vérité et autres valeurs humaines qu’une action d’ordre politique concertée et déterminée peut très vite laminer et détruire : 1984 en sera la preuve irréfutable. Orwell était donc bel et bien un animal politique de premier ordre, doté d’un esprit de synthèse de premier plan, et ce … bien qu’il ait quitté très tôt l’institution scolaire puisqu’il ne fera jamais d’études supérieures ; il sera un parfait « cancre » à Eton, l’équivalent de la prépa qu’est le lycée Henri IV.  

     

    ***

     

                   Sans doute le plus grand mérite d’Orwell aura été d’avoir compris contre les communistes et les anti-communistes – la droite et la gauche d’alors disons (3)-,  que nos sociétés libérales, dites démocratiques, n’étaient pas à l’abri d’un totalitarisme rampant. Ils n’étaient pas si nombreux à cette époque  à pouvoir nous alerter à ce sujet ; il faudra attendre les années 70 pour que les plus avisés sachent faire la critique de nos démocraties libérales et consuméristes de plus en plus intrusives et liberticides ; cette thèse d’Orwell n’a jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui : le caractère fasciste de l’économisme et du mondialisme selon le dogme « Il n’y a pas d’alternative à cette guerre de tous contre tous !» est là pour nous le rappeler quotidiennement, en Europe, précisément là où les libertés et les protections étaient les plus étendues au monde, et par voie de conséquence, là où elles sont les plus menacées.

                  Comme quoi, on gagne toujours à demeurer « libre » dans sa manière de penser  ; seul positionnement qui garantisse une postérité gratifiante. Orwell aura donc eu raison d'eux tous, courage aidant.

     

     

     

    1 - Si 1984 a été amplement assimilé - Novlangue et Big Brother -, on oublie que ce roman est aussi l’exposition d’une autre thèse : l’amour, le véritable amour est impossible à envisager et à vivre, sous un régime totalitaire car, tôt ou tard, il faudra trahir l’autre, mentir à son sujet aussi, pour éviter la prison, la torture et la mort.

    Avec Keep the aspidistra flying, Orwell présente cette thèse 15 ans plus, mais dans un tout autre contexte : celui de la pauvreté. 

     

     

     2 - Plus on lit cette biographie d'Orwell, plus des intellectuels comme J.P Sartre fait triste figure. Un Sartre adepte d'un "on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs" tout en prenant soin de se tenir loin, très loin, des cuisines et de ceux qui tiennent le fouet à battre les blancs et les jaunes. Dans les faits, c'est toute l'intelligentsia française (et continentale) des années 30 et 40 qui font pâles figures en comparaison. Même un Camus ne parviendra pas à se hisser à la hauteur d'un Orwell ; l'anti-communiste clairvoyant de Camus contre la complaisance d'un Sartre, n'y suffisant manifestement pas comme Orwell le comprendra très tôt pour sa part. 

     

    3 - Contrairement à un Raymond Aron et  à un J.F Revel qui ont fait leur beurre sur un anti-communisme à la fois presbyte, myope et exclusif, bien incapables qu'ils ont été de penser le danger totalitaire d’un monde post-guerre-froide (post-communiste), sur nos sociétés dites "démocratiques" d'un capitalisme sans plus de retenu qui renouera avec ses moeurs humainement dévastatrices du 19è siècle.

     

     

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  • Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline

     
                  La réédition des écrits antisémites de l'auteur de Voyage au bout de la nuit est annoncée par Gallimard. Le premier ministre de Macron soutient cette initiative : "On ne peut ignorer la place centrale de Céline dans la littérature française (il aurait pu rajouter .... " dans la littérature mondiale") ; l'avocat Serge Klarsfeld (chasseur infatigable de nazis aujourd'hui le plus souvent centenaires), s'indigne.
     
                  Pour et contre cette ré-édition... un homme a tranché, un homme et une voix,  il y a longtemps déjà : "La haine chez Céline est le ressort de l'imagination, du déchaînement d'éloquence. D'ordinaire la haine a le souffle court mais chez une poignée de maîtres une misanthropie enragée, une nausée à la face du monde engendrent de grands desseins. Le monotone de l'abomination devient symphonique. Mettez "l'homme" là où une formule insensée indique "le y...pin", et vous aurez chez Céline des passages d'une grandeur biblique..." - Georges Steiner                                                                                                                                                                                                                                 

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                      France Culture, en rediffusion, rend compte de Louis-Ferdinand Céline du 15 au 19 juillet : ICI

     

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                     Louis Ferdinand Céline ou la littérature de l'échec et du trauma

     

                 Si derrière un auteur et son œuvre, on trouvera toujours une blessure, quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets (1) ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

                Qu'à cela ne tienne ! Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.                                                       

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                 Fils de Fernand Destouches issu d'une famille de petits commerçants et d'enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisan…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d'épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l'esprit sa propre expérience : "Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils".

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c'est là le fils d'une mère artisan et d'un père déclassé qui s'exprime, et non un fils d'ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline s'engage dans l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac - il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, sa véritable vocation dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) ; il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (2)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais, de par son appartenance sociale et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

                                                                                     

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                 Sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Cette force a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

               Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Craintif, très certainement dépourvu de courage physique (3), homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s'en fera largement l'écho... jusqu'au bout de la nuit...

                 Nuit noire... pour une littérature de l'échec et du trauma : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l'auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé ; trauma de la première guerre mondiale.

                 Avant de mettre le feu à la littérature,  l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a sans doute pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n'a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l'existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec car, dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes - ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (4) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l'échec !

                                                                                              

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                         Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n'a jamais cessé de "penser" comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir. L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes ! Mais... échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d'accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n'héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Si, pour citer notre auteur, l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d'eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d'entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres... au temple, zélés et fervents...

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d'un déterminisme social dont les parents de l'auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même - ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les "heureux élus" auront pour noms : les plus faibles pour commencer - les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis la communauté juive – communauté incarnant la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas la dernière à s’imposer non plus…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

                                                                                    

    ***

     

                 N’en déplaise à Nietzsche :  et si le ressentiment à son paroxysme qu'est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur... même privé d’une revanche digne de ce nom.

    Mais alors, Céline aura-t-il été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui cachait un besoin insatiable d'absolu à la racine duquel on trouvera très certainement une recherche effrénée de leur propre salut ?


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    1- On ne le précisera jamais assez : la haine célinienne est déjà bien présente dans "Voyage au bout de la nuit".

    2 - Il se vantera d’avoir écrit son "Voyage au bout de la nuit"… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    3 - Sa courte expérience de la guerre 14-18 aurait-elle révélé chez Céline des manquements - tel que le courage ou la solidarité ?! - face à ses non-compagnons d'armes, zélés jusqu'à la bêtise d'un patriotisme et d'une mort sans profit pour eux ; manquements qui ont très bien pu ternir l'image qu'il avait de lui-même et du genre humain et qu'il ne se serait jamais pardonné ; d'où un sentiment de culpabilité dont il lui a fallu, pour survivre... se libérer en imputant ces manquements à tout le genre humain : lâcheté, naïveté, fanatisme et bêtise incommensurable chez les plus humbles et les plus modestes ?

    Il semblerait que son compte-rendu de son emprisonnement au Danemark confirme chez Céline ce manque de courage à la fois "intellectuel" et physique plus particulièrement quand il est question d'assumer les conséquences de ses actes : écriture et parti-pris ; d'autant plus que ses plaintes quant à ses conditions d'incarcération étaient d'une mauvaise foi avérée : Céline était très doué pour le mensonge et la fable.  

    4 - A la décharge de l'auteur... on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d'une société.

    On pensera aussi au suicide social d'un Céline pour qui le peuple n'est qu'une masse sans forme et sans distinction "... dont le sadisme unanime procède avant tout d'un désir de néant profondément installé dans l'Homme... une sorte d'impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort" et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

                 Pour ce qui est de l'idée de décadence qu'il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l'a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n'y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel - il en avait toutes les dispositions -, n'a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l'espoir et parfois même, du sublime ?

    Céline choisira « l’Assommoir » comme référence - titre qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier -, omettant sans doute volontairement « Germinal » ; lui pour qui rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

               Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola - Médan octobre 1933

     

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    Pour prolonger, cliquez : Marc-Edouard Nabe sur Céline

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  • Simone Weil : pesanteur et grâce

     

    simone weil au panthéon emmanuel macron

     

     » Que savez-vous de votre douleur en moi ? »

    (Bartleby – Hermann Melville)

     

             Agrégée de philosophie en 1931 à l'âge de 22 ans, Simone Weil aura tout sacrifié (santé, confort matériel, palmes et carrière académiques) à la vérité de l'existence et à son destin auquel elle n'aura pas cherché à échapper, s'y livrant tout entière.

    Elève d’Alain, admiratrice de Platon, de conviction révolutionnaire, très vite elle milita dans les rangs de l’extrême gauche. Elle aura couru la révolution aussi longtemps que ses forces physiques le lui permettaient… en Espagne et en URSS. Anti-stalinienne, elle disait : « Il faut accueillir  toutes les opinions et les loger verticalement à des niveaux convenables. »

                 Cette petite femme décédée à l'âge de 34 ans de tuberculose, chétive, de santé précaire, aura partagé le sort des ouvriers agricoles et celui des ouvriers de l'industrie automobile, chez Renault, comme fraiseuse, car à ses yeux : « Contempler le social, constitue une purification aussi efficace que se retirer du monde ».

     

                 

     

                Rétablir l’équilibre en se portant du côté des opprimés, helléniste, elle ne faisait qu’une avec ses idées et ses expériences. Issue d'un milieu cultivé, elle haïssait l’argent ; elle y voyait le Mal absolu, corrupteur de toutes les cultures et de tous les Peuples. Elle condamnait une culture ignorante de l'univers et du sacré sources de toute morale universelle. Très tôt, elle a considéré le "déracinement" des Peuples comme une calamité, la plus grave maladie morale d’un siècle de l’argent et de la marchandise, car ce déracinement abolit les devoirs de l’homme envers l’homme, encourageant une liberté sans spiritualité, une liberté vide et abstraite.

               Agnostique, elle éprouvera ce qu’il est convenu d’appeler « la présence du Christ », à la fin des années 30. Les évangiles deviendront alors son livre de chevet. Profondeur rare d’une vie spirituelle intense, Pascal, Saint Jean de la Croix, sainte Thérèse de Lisieux succéderont à Platon.

    En 1941, elle écrivait : « Dieu a créé un monde qui est, non le meilleur possible mais comporte tous les degrés de bien et de mal. Or, aujourd’hui, nous sommes au point où il est le plus mauvais possible ».

     

                    « … Lumière pour l’esprit et nourriture pour l’âme, l‘œuvre de Simone Weil n’a pas à être « actualisé » parce qu’elle émane de ce sommet de l’être qui surplombe tous les temps et tous les lieux (…) car la vraie lumière ne se décolore pas et les vraies sources n’ont jamais  besoin d’être rafraîchies. Et qui dit temporel dit aussi universel. Le fait que j’ai eu le privilège immérité de présenter au public le premier livre de Simone Weil m’a valu d’innombrables témoignages issus des quatre coins de l’univers. Et ce qui m’a le plus frappé dans ces témoignages, c’est qu’ils venaient des êtres les plus divers par leur origine, leur rang social, leur milieu culturel, etc… et que tous avaient été également marqués jusqu’au fond de l’âme par la lecture d’une œuvre où ils avaient trouvé la révélation d’une vérité intérieure attendue en vain jusque-là. Au crépuscule du siècle où l’accélération de l’histoire a fait surgir et s’écrouler tant d’idoles, ce livre apparaît de plus en plus comme un message d’éternité adressé à l’homme éternel, ce « néant capable de Dieu », esclave de la pesanteur et libéré par la grâce« . – Gustave Thibon – post-scriptum de 1990 à la préface de l’édition de février 1947.

     

                  Tuer le moi de l’intérieur, voilà la bataille à mener ! L’offrir en sacrifice en s’exposant nue et sans défense à toutes les vicissitudes de la vie. Théologie et métaphysique, la pesanteur c’est la loi de la création, la condition de l’homme et seule la grâce peut nous permettre de nous y soustraire car seule la grâce nous permet de nous « dé-créer » pour rejoindre Dieu : « Dire au Christ comme saint Pierre : Je te resterai fidèle, c’était déjà le trahir car c’était supposer en soi et non dans la grâce la source de la fidélité ».

    Privée d’armure, Simone Weil est l’anti-héroïne par excellence car le saint est nu, toujours ! Pour Simone Weil, le bien ne peut être qu’une nécessité intérieure : on ne peut pas faire autrement. A propos du Mal, Simone Weil écrira : "Si quelqu'un me fait du mal, il faut désirer que ce mal ne me dégrade pas par amour pour celui qui me l'inflige et ce, afin qu'il n'ait pas vraiment fait du mal"... seule condition qui permette le pardon tout en rendant à tout un chacun son humanité même si ses actes semblent l'en avoir exclu. Et à ce propos, rares sont ceux qui savent se montrer à la hauteur de leur martyre et de leur histoire même si quelques exceptions individuelles existent car, regroupées en communauté, les victimes ont tôt fait de rejoindre en acte leurs bourreaux selon le principe qui veut que nous ayons tous de bonnes raisons d'être ce que l'on est et de faire ce que l'on fait.

    La pire des atrocités devrait pousser la victime, dans un élan irrépressible, à la sainteté... quasiment. Certes ! Le calendrier n'y suffirait pas. Aussi, on pourra longtemps regretter que Simone Weil n’ait pas vu l’Europe libérée car nul doute, elle aurait su comme personne nous rappeler que les pires atrocités et injustices nous rapprochent du divin, de Dieu et de la grâce… et obligent ses victimes plus que les bourreaux à une exemplarité qui toucherait alors à la sainteté, elle qui l’a toujours frôlée de ses ailes d'ange turbulent.

     

                "L’extrême grandeur du Christianisme vient de ce qu’il ne cherche pas un remède surnaturel contre la souffrance mais un usage surnaturel de la souffrance" : souffrance expiatrice de celui qui veut le bien tout en ignorant le mal qui le lie contre une souffrance rédemptrice, celle de l’innocence... fascinée par l’absolue et l’éternel, son unique vœu était de ne plus faire écran entre Dieu et les hommes et de disparaître de son œuvre... une œuvre qui nous réconcilie avec le Christianisme, loin de ceux qui ne savent que nous en offrir une lecture et une interprétation unidimensionnelles.

               Qu’il soit ici permis de dire que le siècle qui est le nôtre sera non pas religieux mais... notre siècle sera celui de l’enracinement et de la spiritualité ou bien… il ne sera qu’un nouvel enfer sans purgatoire pour le plus grand nombre, et pas seulement pour les plus faibles d'entre nous.

     

     

                       

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  • L'Histoire, cette continuation de la guerre par d'autres moyens

     

                   Doit-on, peut-on rappeler que l’histoire c’est la guerre ?  Oui ? Non ?

                  C'est sûr ! L'histoire c'est certainement autre chose qu’une émission quotidienne de 30 minutes avec Jean Lebrun sur France Inter ou J.M Jeanneney sur France Culture le samedi matin ou bien encore E. Laurentin à ce même micro, chaque jour,  du lundi au vendredi, qu'il pleuve ou qu'il vente.

     

                   Alors oui ! L’histoire c’est la guerre ! 

                   Si la spécialité des historiens c'est l'histoire des vainqueurs telle que ces derniers souhaitent qu'elle nous soit comptée, car force est de constater que peu d'historiens prennent le risque d'oeuvrer pour l'histoire des vaincus sous peine d'être bannis des médias et de toute possibilité de carrière universitaire ou autre, doit-on en déduire qu'il n’y a pas plus lâche, plus partial qu'un historien qui souhaite faire carrière en tant qu'expert du mensonge par omission ?

    Car enfin, la Vérité de l'histoire, la vérité d'une histoire... ne se situerait-t-elle pas entre les mensonges par omission des uns et ceux des autres, vainqueurs et vaincus confondus ?

     

    ***

     

                   L’histoire et les historiens sous influence… 

                   Si tous les historiens ont leurs "biais"  - biais idéologique, carriériste ou de classe -, il semblerait qu’une lecture de l’histoire ouvre les portes médiatiques et universitaires, et qu’une autre les ferme toutes.

    Nul doute, cette exclusion pour les uns, cette consécration pour les autres, sont riches en enseignements.

    Il est vrai que les faits ne sont pas les mêmes pour tout le monde. De là à penser que les faits ne sont rien et que seules importent leur interprétation...

    Regardez :

    • Hiroshima
    • La France, Pétain et la collaboration
    • La guerre d'Algérie
    • URSS
    • Charles de Gaulle
    • De Bonaparte à Napoléon Empereur
    • Robespierre
    • Le PCF
    • L’Ancien régime
    • La révolution française
    • Le Communisme

                   Si l’histoire c’est la guerre, c’est que les historiens font la guerre à l’histoire et n’hésite pas à se faire la guerre entre eux. Dans certains cercles, on affirme même qu’il n’y a pas plus belliqueux qu’un historien, pas plus tête en l’air aussi ; c’est selon… et pas seulement leur humeur ; loin s’en faut ! Car d’aucuns ont souvent la fâcheuse habitude de négliger certaines archives.

    Jugez plutôt :

    « Comment ça ? Elle était là cette archive ?  Vous êtes sûr ?

    • Ah oui ! Elle n’a jamais bougé. Je la connais bien en plus.
    • Bon ben… elle a dû m’échapper. J’ai sans doute été dérangé.
    • Cette archive change tout.
    • « Change tout » quoi ?
    • Ben tout.
    • Oui mais bon… moi, j’en reste là ! Si vous voulez jouer les "redresseurs d'archives", c'est votre problème. Et puis, ça va bien comme ça vos histoires d’archives qui auraient été là, puis plus, et à nouveau là !... »

    Qu'est-ce que je vous disais !

                   D’autres encore se gardent bien de les consulter toutes ces archives.

                  Mais alors, spécialistes du mensonge par omission tous ces historiens ?

     

                  A propos de la Seconde guerre mondiale, un événement sera interdit « d’histoire », expulsé, exfiltré dans l'urgence, dans un mouvement de panique, puisque nul historien ne sera autorisé à le revisiter, à le réviser, à le ré-interpréter cet événement : il s'agit de la déportation et à la tentative d’extermination des Juifs.

    C’est la loi Gayssot (Gayssot-Fabius) qui se chargera de faire respecter cette congélation de l’histoire.

     

    ***

     

                Historiens du consensus, médiatiques et carriéristes ou sans courage, historiens suivistes, historiens militants, historiens de la falsification délibérée des faits, historiens des archives, historiens rapporteurs de rumeurs et de ragots...

    Guerre idéologique, guerre de classes, guerre à la vérité, guerre au mensonge... 

    Voyez :

    François Furet : le grand guerrier de l’anticommuniste ; un repenti du PCF...

    Jacques Blainville : et son histoire de France  honteusement écarté parce qu’il était un grand guerrier de l’Ancien régime...

    Jules Michelet : un guerrier romantique de la littérature historique au service d’une histoire fantasmagorique qui confondra la vérité avec le style d’un auteur qui se paie de mots...

    Robert Paxon : historien de la Seconde guerre mondiale en guerre contre une France forte et indépendante, phare du monde, pour le plus grand bénéfice des USA et sa conquête culturelle et marchande de l’Europe...

    Annie Lacroix-Riz, historienne marxiste-léniniste, avocate de l'URSS et de Staline au bilan globalement positif.


              Ces historiens, à un degré ou à un autre, auraient-ils les attributs des diseurs de bonne aventure… au passé ?

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     Pour prolonger, cliquez : Annie Lacroix-Riz sur Blum

     

                    Annie Lacroix-Riz sur « les historiens sous influence » ICI.

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  • D Day : la grande gueule ouverte de l'enfer des bombardements civils

     

    d-day,bombardement,8 mai 1945,seconde guerre mondiale,débarquement

     

    "... taisez-vous ! Et laissez-moi parler encore et encore ! Vous entendez ? Vous entendez ? Les cloches ! Oui les cloches, vous les entendez ?
    - Les cloches ? Non... je...
    - Les cloches !
    - Quelles cloches ?
    - Ô cloche teintée d’oubli ! Le feu en la demeure, et l’eau qui ne peut plus rien pour personne. Vite ! Les premiers partis seront les derniers épargnés par une liquidation totale, limpide et glacée… Mais quel tohu-bohu ! Quel tintamarre toutes ces cloches ! Vous les entendez ?

    - Non, vraiment. J'ai beau tendre l'oreille, je...

    - C’est peut-être une sirène qui sonne l’alarme. Ah ! Maudite sirène ! Et puis... vous les entendez ? Les cris ! Vous les entendez ? Les derniers cris du sang qui coule à flot ! Vous les entendez ? Mais dites-moi, où vont-ils tous ? Dites-moi ! Où vont-ils... tous... quand ils nous quittent, éventrés, quand ils partent mutilés, tordus, égorgés, entr’ouverts, hurlant et vomissant leurs dernières douleurs, brasiers de plaintes en cendres, à jamais éteints, poussières d’enfants, de femmes et d'hommes sans âge, balayées d’un revers de main et de bombes ? Dites-moi ! Mais où vont-ils tous quand ils nous quittent, défigurés d’effroi, avec leur douleur encore hurlante pour unique baluchon. Mais où vont-ils tous ces corps calcinés ?! Où donc ? Dites-moi ? Ou bien, alors... leurs cris, leur mort, leur départ à tous résonnent comme le tonnerre ! Tous ces corps sont balayés mais... oui, c'est ça ! Ils nous reviennent aussi, tous ces morts... ils nous reviennent en tonnerre d’un tonnerre du diable ! Écoutez ! L’orage qui gronde, ce sont eux ! Oui ! Ce sont eux ! On ne sait pas où ils vont tous ces corps... mais ils nous reviennent ! Pour sûr ! Le tonnerre ! Ce sont eux qui reviennent ! Vite, tous à l’abri !... Ca y est ! Il pleut du sang ! Oui, du sang ! Mais... dites... dites-moi ! Mais où s’en vont-ils tous ces corps mutilés, calcinés ? Où vont-ils tous ? Où vont-ils... tous... quand ils nous quittent hurlant et vomissant... tordus, entr’ouverts… Dites-moi ! Dites ! Tous ces corps mutilés qui se succèdent dans la mort... tous ces corps éventrés comme des sacs... tous ces corps ! Ah ! Mon Dieu ! Tous ces corps me révulsent. Tous ces corps me dégoûtent et les victimes aussi. Oui ! Les victimes me dégoûtent. J’étouffe ! Un feu ronge et brûle mes poumons et mes entrailles...

    - Monsieur ?

    - Laissez-moi ! C’est maintenant la dernière ligne droite. J’ouvre en grand les écoutilles... et après moi... le déluge des corps qui descendent la rivière par milliers en cohorte silencieuse et maléfique dans le cauchemar et la terreur muette et sidérée de ceux qui, sous peu, suivront le mouvement, emportés par le courant glacial de cette hécatombe plongée dans l’horreur...

    - Monsieur ?

    - Et j'emporte avec moi la grande gueule ouverte de l'Enfer.»

     

     

    Extrait du titre "Confessions d'un ventriloque" - copyright Serge ULESKI


    Tableau : "Le cri" de Edvard Munch.

     

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  • Comme l'absence est lente !

     

     

               Comme l'absence est lente. Elle s'écoule sans fin. Un fleuve à l'eau verdâtre et croupie, mauvaise à boire : un vrai poison, cette absence !

     

     

    ***

     

               Elle n'a pas oublié l'état de rêve dans lequel elle baignait, intimidée par ce malaise délicieux, à lui tout entière dans le tremblement indéfinissable de l'embarras de leur première rencontre. Elle n'a pas cherché à contenir ce désir affolé, cette flamme fébrile et claire surgie d'une braise brûlante de découverte, volutes de l'enchantement et de l'émoi. Elle n'a pas refusé cet instant suspendu, cette convulsion qui l'a cueillie au passage, un après-midi.


    Comme elle s'y est engouffrée avant de s'y enfermer, absorbée, avec une hâte juvénile et déterminée, dans ce désir effréné que tous deux assouvissaient dans la solitude !


    Le temps d'une vision crue et brutale qu'aucune retenue ne peut voiler, elle le voit tel quel... ce corps d'une clarté sans ombre. Et quelle nudité ! Une révélation, cette nudité qui prenait racine dans un sursaut d'étonnement tendre et joyeux ! Un enchantement, ce désir qui faisait que le corps de son amant, grand et robuste se détendait et qu'il devenait enfin possible de l'approcher, de l'apprivoiser, de le découvrir de fond en comble et de s'en troubler. Ce corps était capable de faire taire tous les scandales d'une bienséance supposée bafouée et jugée comme telle par ceux qui n'ont pour seule connaissance de leur propre corps et accessoirement de celui de leur partenaire, que la somme de leur incapacité à pouvoir l'appréhender, faute d'imagination et d'application.

    Le temps d'une buée fiévreuse dont elle a longtemps pleuré la privation, voilà que l'image réfléchie à l'infini de son immense et beau secret s'imprime et achève de la dissoudre. Aucun effort. Dans un long soupir, profond et lourd, elle ferme les yeux. Une envie sauvage arrache ce qui lui reste de raison. Tout se met en place au premier désir, à la première volonté : son regard à lui, son sourire, sa voix comme un espoir qui déroule le tapis rouge de son enchantement, sûr de lui, virtuose dans ses caresses et puis, la lumière et la pénombre une fois les rideaux tirés, elle, blottie sans pudeur, réfugiée contre lui, acceptée sans condition ou bien à la seule condition qu'il le soit aussi.

    Une main la guide sur le chemin à parcourir. Ses doigts à fleur de peau affinent le relief et les contours et assurent une cadence, un rythme soutenu vers une ascension certaine et puis, une autre main pour ne pas être en reste avec tout ce qui porte à rêver, tout ce qui ouvre, tout ce qui entre et se referme dans la confusion d'un monde reconstitué dans l'urgence ; membres ivres de consentement qui ne desserreront pas leur étau avant la combustion du désir qui emportera et aura raison de tout, une perle de sueur sur le front venue témoigner de l'effort consenti et de la chaleur ainsi provoquée comme une dernière preuve d'existence dont personne ne pourra souiller la raison d'être.


    Car elle s'enfonce maintenant dans ce qui lui reste d'intact et de vivant : cette partie d'elle-même inviolable, inatteignable, à l'abri de toutes les violences, de toutes les humiliations, de toutes les déceptions quand de la solitude étouffante on souhaite sortir à tout prix pour s'empresser de retrouver les mille et une caresses qui l'ont tant de fois menée là où pour rien au monde elle aurait souhaité céder sa place et à la sienne, ne pas l'y trouver pour l'avoir tant désiré comme on convoite le bien d'autrui, sans scrupules, jusqu'à tout immoler, avant de rejoindre une jouissance éprouvée et indéfinissable, étroitement mêlée à l'angoisse de ne plus pouvoir en renouveler l'expérience...

     

    ***

     

              Dieu ! Pourquoi cet étonnement soudain, ce retour haïssable vers tout ce qui nous blesse et nous rabaisse ? Mais... où était-elle partie ? D'où revient-elle ? Que lui est-il arrivé ?

    Rien. Presque rien. Quand on a pleuré une privation cruelle et douce et assouvi un désir qui n'aura sans doute rien résolu mais qui lui aura permis un court instant de ne pas désespérer de tout et d'elle-même, eh bien, dans ces moments-là, on sèche ses larmes avec la paume de ses mains, on sourit presque, car on se sent plus léger et la peine est moins étouffante, une fois la douleur atténuée.

     


    _______________________________

     

    Extrait du titre : " Cinq ans, cinq nuits"

     

               A propos de l'ouvrage... cliquez Cinq ans, cinq nuits

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  • Mylène Vignon : une garance pour le violoncelle

     

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    Vers l'Or 

     

     

     

     

     

    Mettre dans la lumière

     

    Une belle inconnue

     

    Encensée

     

    Dans la diversité

     

    Ecrire une sonate

     

    Sur un texte improvisé

     

    Esquisser une valse

     

    Slamer

     

    Dans la galaxie

     

    Au-delà des clivages

     

    Quelle est ta règle d'Or ?

     

    Toi

     

    Vous

     

    Réunis

     

     

                 "J’ai écrit ces lignes sous forme de poèmes, pour exprimer les couleurs de mes émotions face aux œuvres contemplées, avant analyses. Car nos émotions correspondent aux couleurs : vert de rage, rose de confusion, rouge de honte, idées noires, blanc de douleur, rire jaune, bleu à l'âme, bleu comme une orange..." - Mylène Vignon.

     

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                 Vers Orion et la Fille à l’arrosoir, cafetière d’amour, café des fous...

    Objectif : nostalgie et nuit avec Anaïs, ange et femme plume.

    Sous  la neige et la vie d’un bleu d’une beauté en toute saison pareille à la Tour Eiffel, et sur les toits aussi, le sculpteur de verre a la sensualité d’une sphère

    Tandis que la Sirène blessée, questionne de son violoncelle le blanc d’une trace qui conduit à la mer.

    Le bonheur, poète de la nuit, la rivière et  l'Homme Personne à l'Origine du monde, rap et écriture de l'enfance, cette inconnue du métro Henri IV et des ruches de Manhattan

    Librairie d’Or, atelier en fête de Saint-Germain-des-Près consacrent alors un nouveau mariage : Jazz et souvenir... celui d’Elena.

                      Alors oui ! Rose la vie de Mylène Vignon, une garance pour le violoncelle et les enfants du paradis, là où Prévert et Eluard se regardent et attendent.

     

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    mylène vignon,garance,prévert,éluard,poésie,recueil,les étidions unicité,littérature,édition,livres,lectureMylène Vignon est journaliste, commissaire d’événements culturels, expert en art contemporain, rédactrice en chef à Saisons de Culture, présentatrice et co-productrice de Secrets d’Ateliers à BDM TV.

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais, Art et culture 0 commentaire
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