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le biographe britannique de référence de george orwell écrivait

  • A propos de la sortie en 1949 de l’ouvrage de George Orwell : 1984

     

    1984 de george orwell sorti en 1949 biographie de bernard Crick

     

     

     

     

     

     

     

    1984 fut chaleureusement accueilli à sa sortie et alors qu’il ne restait à l’auteur que quelques mois à vivre, tuberculeux chronique qu’il était, maintenant épuisé par des années de conduite à risque et de précarité.

    1984 se vendra dès la première année à près de 400 000 exemplaires ( Europe et USA) faisant d’Orwell un homme riche ; en fin de vie, il ne profitera donc jamais de cette fortune.

    Tout comme « La ferme des animaux », 1984 ne cessera de se vendre.

                  La plupart des critiques accueillirent favorablement le propos de l’ouvrage ; ils comprirent que l’auteur n’avait pas écrit un ouvrage à la Huxley ou Wells (utopie et anti-utopie), ni un conte dans la tradition d’un Swift (l’auteur qui a le plus influencé Orwell) ; il était évident qu’Orwell  avait « simplement étendu certaines tendances à l’œuvre en 1948 à l’année 1984 » - un ouvrage qui s’adresse à un futur proche donc - en décrivant de quelle façon l’ensemble des sinistres inventions  des développements de la guerre « ordinaire » opposaient tour à tour les régimes nazi, communiste, fasciste et capitaliste.

    D’autres évoqueront un roman puissant, passionnant et le plus précieux qu'Orwell ait jamais écrit. D’autres encore verront une mise en garde  tout en déplorant la tentation de l’instrumentalisation de l’ouvrage en machine à propagande anticommuniste oublieux sans doute du diagnostic sans appel rendu par Jean Jaurès à propos du capitalisme à l’aube de la Première guerre mondiale : "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage", ainsi que des premiers romans d’Orwell - Keep the Aspidistra flying et Coming up for air (1)– qui, dès les années 30, dénonçaient déjà, le fascisme latent d’une société dédiée uniquement au culte de la marchandise, bien des années avant Guy Debord et son ouvrage « La société du spectacle » (comprenez : le spectacle du «  tout marchand » où, par conséquent, tout est à vendre et à falsifier : hommes, femmes, enfants, institutions politiques, médias, relations humaines, la représentation de la réalité des conditions d'existence et d'exploitation) ainsi que les analyses de Jean Baudrillard sur la société de consommation et la quasi-disparition du réel tel que les médias de masse s’évertuent à nous le dé-représenter. 

    Pamphlet satirique, violente satire sur la « corruption morale du pouvoir absolu », tous évoqueront la démarche « d’un écrivain  qui se confronte aux problèmes du monde plutôt qu’aux souffrances intérieures des individus et qui est capable de parler avec sérieux et originalité  de la nature de la réalité et des terreurs du pouvoir ».

    Salué comme un roman à thèse de tout premier plan, thèse hautement politique qui plus est, impressionnés par les vérités qui y sont énoncées – vérités plus contemporaines encore au fil des décennies -, et par sa prescience, tous , à quelques exceptions près, virent 1984 comme un traité sur le totalitarisme qui s’appuie sur des tendances aussi présentes que menaçantes, propres au monde moderne.

    Certes, les communistes européens n’y virent qu’une simple propagande de Guerre froide ; ils affirmèrent que « l’objectif du livre était de nuire à l’Union soviétique et d’attiser la haine à son encontre » ; en revanche, d’autres, se sentant sans doute moins visés, comprirent que le livre était une attaque dirigée  contre l’ensemble des facteurs  d'une modernité  qui pourrait conduire à une vie d’abêtissement habitée par une peur et une terreur de l'autorité sans soulagement ni issue possibles excepté dans la résignation.»

    Aux USA, en particulier,  de nombreux journaux présentèrent l’ouvrage comme une attaque d’envergure pas simplement anticommuniste mais anti-socialiste, lancée par un homme de gauche revenu de ses convictions. Orwell s’en défendra comme suit : « Le danger réside spécifiquement dans la structure qui est imposée aux communautés socialistes et capitalistes libérales par la nécessité de se préparer à une guerre totale avec l’URSS et par les nouveaux armements parmi lesquels la bombe atomique est naturellement le plus puissant et le plus connu. Mais le danger réside également dans l ‘acceptation de la perspective totalitaire par des intellectuels de toutes obédiences : les graines  de cette tentation totalitaire sont  déjà très largement répandues (2).»

    Le meilleur antidote à la maladie totalitaire que ce 1984 ?

    Son éditeur Warburg (depuis « La ferme des animaux »),  fit l’analyse suivante, lors de sa première lecture du manuscrit  : « Orwell regarde la vie et trouve qu’elle devient de plus en plus  intolérable ; il n’entretient aucun espoir. Je considère cet ouvrage comme un rupture  définitive entre Orwell et le socialisme  du marxisme et de la révolution managérial. Il rapportera un bon million de voix au Parti conservateur ; Churchill dont le héros de 1984 tient son prénom - Winston -, pourrait le préfacer sans sourciller. »

    Warburg se gardera bien de rendre public son analyse de l’ouvrage sachant  que 1984 se vendrait comme des petits pains ; après avoir accepté de publier « La ferme des animaux » quelques années auparavant - ouvrage refusé par tous - on peut dire qu'il avait du flair cet éditeur !

    A sa sortie, il convient de préciser que les ambiguïtés de la satire orwellienne ont été largement soulignées même si nombreux sont ceux qui se sont trompés sur le positionnement idéologique du livre car Orwell avait compris avant tout le monde, ou presque, qu’un pouvoir absolu de droite comme de gauche est pareillement pernicieux. Aussi, cette satire qu’est 1984 est tout aussi applicable aux Soviétiques des années 40 qu’au mode de vie occidental diffusé par les médias de masse vent debout contre l'éventualité d’une société communiste ou socialiste.

    Bernard Crick, socialiste, biographe britannique de référence de George Orwell, écrivait ceci en 1980 (date de la sortie de sa biographie d’Orwell - aujourd'hui disponible chez Flammarion) : « Chef-d’œuvre de spéculation politique, 1984 est au 20è siècle ce que le Léviathan de Hobbes fut au 17è. L’ouvrage est une mise en garde préméditée et rationnelle contre les tendances totalitaires à l’œuvre dans des sociétés comme la nôtre, plutôt  qu’une prophétie maladive soudainement surgie pour contrecarrer une prise de pouvoir soviétique ou néo-nazie, et encore moins un hurlement de désespoir et un reniement de son Socialisme démocratique. Son style âpre contribue à créer un tableau authentique  d’un Etat rendu infernal par les hommes eux-mêmes. Pour ces raisons, 1984  témoigne d’une imagination plus sociologique que psychologique. »

    Avant de réviser en partie son jugement en 1992 : " La comparaison directe avec Hobbes était passablement exagérée. Je relus 1984  et en conclus qu'il s'agissait d'une satire à la façon du Gulliver de Swift dont la cible plus générale  est la soif de pouvoir, mais qui inclut cinq ou six autres cibles telles que la dégradation de la littérature et de la culture. C'est un livre si complexe dans les cibles qu'il se propose d'atteindre..."

    Crick poursuit : « Certes, l’ouvrage encourage  ses lecteurs à entendre que toutes les interprétations se valent et qu’il n’existe aucune limite  à l’éventail  d’interprétations possibles d’un texte  complexe.  Que son propre éditeur  ait pu se méprendre à ce point à la première lecture  de l'ouvrage – pour rappel : l’éditeur voyait en 1984 un pamphlet anti-communiste et anti-socialiste, un reniement d’Orwell -,  témoigne du fait que Orwell  était au mieux imprudent, au pire inconséquent. Après l’expérience  qu’il avait faite de la réception aux USA de « La ferme des animaux » - critiques du même ordre que celles formulées contre 1984 : "ouvrage anti-socialo-communiste" -,  il aurait dû se protéger contre de telles interprétations fallacieuses  en pratiquant ce qu’il avait toujours si bien prôné : une clarté sans équivoque quant à la signification de 1984. Ce qui lui aurait évité de devoir rédiger après coup un mémoire à destination de la presse américaine et des agences de presse.»

    Ambivalence et ambiguïtés... à ce sujet, il est bon de rappeler que l'individualisme forcené d'Orwell qui était resté proche des mouvements anarchistes, pouvait parfois tempérer son socialisme. 

    Orwell apporta les éclaircissements suivants à la demande d’un haut responsable du syndicat des United Automobile Workers : « Je n’attaque pas le socialisme. Je dénonce les risques que comporte une économie centralisée ; je crois que quelque chose de semblable aux régimes communiste et fasciste pourrait arriver chez nous car les peuples anglophones ne sont pas par nature meilleurs que les autres ; le totalitarisme, s’il n’est pas combattu, peut triompher n’importe où.»

    A propos d’Orwell le fait suivant demeure incontestable : Orwell a défendu la primauté du politique  pour protéger des valeurs tout aussi politiques (contrairement à ce que Bernard Crick croit devoir affirmer : Crick parle à tort de valeurs non politiques) : la justice, la liberté, la fraternité, l’amour, la vérité et autres valeurs humaines qu’une action d’ordre politique concertée et déterminée peut très vite laminer et détruire : 1984 en sera la preuve irréfutable. Orwell était donc bel et bien un animal politique de premier ordre, doté d’un esprit de synthèse de premier plan, et ce … bien qu’il ait quitté très tôt l’institution scolaire puisqu’il ne fera jamais d’études supérieures ; il sera un parfait « cancre » à Eton, l’équivalent de la prépa qu’est le lycée Henri IV.  

     

    ***

     

                   Sans doute le plus grand mérite d’Orwell aura été d’avoir compris contre les communistes et les anti-communistes – la droite et la gauche d’alors disons (3)-,  que nos sociétés libérales, dites démocratiques, n’étaient pas à l’abri d’un totalitarisme rampant. Ils n’étaient pas si nombreux à cette époque  à pouvoir nous alerter à ce sujet ; il faudra attendre les années 70 pour que les plus avisés sachent faire la critique de nos démocraties libérales et consuméristes de plus en plus intrusives et liberticides ; cette thèse d’Orwell n’a jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui : le caractère fasciste de l’économisme et du mondialisme selon le dogme « Il n’y a pas d’alternative à cette guerre de tous contre tous !» est là pour nous le rappeler quotidiennement, en Europe, précisément là où les libertés et les protections étaient les plus étendues au monde, et par voie de conséquence, là où elles sont les plus menacées.

                  Comme quoi, on gagne toujours à demeurer « libre » dans sa manière de penser  ; seul positionnement qui garantisse une postérité gratifiante. Orwell aura donc eu raison d'eux tous, courage aidant.

     

     

     

    1 - Si 1984 a été amplement assimilé - Novlangue et Big Brother -, on oublie que ce roman est aussi l’exposition d’une autre thèse : l’amour, le véritable amour est impossible à envisager et à vivre, sous un régime totalitaire car, tôt ou tard, il faudra trahir l’autre, mentir à son sujet aussi, pour éviter la prison, la torture et la mort.

    Avec Keep the aspidistra flying, Orwell présente cette thèse 15 ans plus, mais dans un tout autre contexte : celui de la pauvreté. 

     

     

     2 - Plus on lit cette biographie d'Orwell, plus des intellectuels comme J.P Sartre fait triste figure. Un Sartre adepte d'un "on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs" tout en prenant soin de se tenir loin, très loin, des cuisines et de ceux qui tiennent le fouet à battre les blancs et les jaunes. Dans les faits, c'est toute l'intelligentsia française (et continentale) des années 30 et 40 qui font pâles figures en comparaison. Même un Camus ne parviendra pas à se hisser à la hauteur d'un Orwell ; l'anti-communiste clairvoyant de Camus contre la complaisance d'un Sartre, n'y suffisant manifestement pas comme Orwell le comprendra très tôt pour sa part. 

     

    3 - Contrairement à un Raymond Aron et  à un J.F Revel qui ont fait leur beurre sur un anti-communisme à la fois presbyte, myope et exclusif, bien incapables qu'ils ont été de penser le danger totalitaire d’un monde post-guerre-froide (post-communiste), sur nos sociétés dites "démocratiques" d'un capitalisme sans plus de retenu qui renouera avec ses moeurs humainement dévastatrices du 19è siècle.

     

     

    Lien permanent Catégories : AA - Serge ULESKI, littérature et essais, Medias, désinformation et ré-information 0 commentaire
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